Un ingénieux inventeur, le docteur Parant, vient d'imaginer un nouveau
procédé de dénicotinisation du tabac.
Le tabac dénicotinisé, partant inoffensif, conserverait son arôme et
serait très agréable à fumer.
La question d'empoisonnement par le tabac étant à l'ordre du jour dans
le monde médical où l'on impute à la nicotine un grand nombre de
méfaits, ce procédé de dénicotinisation, scientifique et pratique, vient
bien à son heure, et nous croyons qu'il intéressera les amateurs de la
plante importée par Nicot.
Le problème à résoudre était le suivant: Trouver un procédé simple, à la
portée de tous, qui permette d'enlever au tabac son poison, c'est-à-dire
la nicotine, et seulement la nicotine, tout en lui conservant son
arôme.
Ce procédé repose sur une action physique, la compression, et sur deux
actions chimiques:
Action de la potasse et de la soude sur les sels de nicotine; action du
tannin sur la nicotine.
La compression s'exerce au moyen d'une presse spéciale que l'on trouve
chez l'inventeur.
La nicotine étant très soluble dans l'eau, pour extraire la nicotine du
tabac, il faut le laver, mais le laver avec peu de liquide, sans cela le
tabac serait désagrégé, et le séchage ultérieur deviendrait impossible.
Le but de cette presse est donc, en premier lieu, de comprimer au
maximum le tabac sec, de façon à ce qu'une petite quantité d'eau soit
suffisante pour le laver, c'est-à-dire pour dissoudre la nicotine.
Le tabac étant lavé, pour extraire cette eau de lavage, il faut aussi le
comprimer fortement.
La presse a donc encore pour but d'enlever au tabac lavé la plus grande
partie de l'eau de lavage, qui contient en dissolution la nicotine.
Viennent ensuite les actions chimiques, en premier lieu celle de l'eau
alcaline. La nicotine pure, avons-nous dit, est très soluble dans l'eau,
mais, si le tabac est lavé avec de l'eau ordinaire, on enlève seulement
une très petite quantité de nicotine, parce que la majeure partie
existe, dans le tabac, à l'état de sels de nicotine, insolubles dans
l'eau.
Mais, si l'on alcalinise l'eau qui va servir au lavage avec une quantité
déterminée de _potasse_ ou de _soude_, les sels de nicotine sont
déplacés de leurs combinaisons et la nicotine, mise en liberté, devient
très soluble.
Il faut donc arroser le tabac préalablement comprimé avec de l'eau
alcaline et, quelques instants après, extraire, au moyen de la presse,
la majeure partie de cette eau.
Cette eau de lavage a entraîné non seulement la nicotine, mais encore
tous les principes solubles dans l'eau, principes nécessaires à la bonne
combustion et à la conservation de l'arôme du tabac.
Aussi est-il nécessaire de restituer ces principes au tabac en
l'arrosant avec l'eau de lavage, après en avoir toutefois extrait la
nicotine. La nicotine s'extrait à l'aide du tannin. Le tannin a la
propriété de former, avec la nicotine, un sel insoluble, le _tannate de
nicotine_.
Dans l'eau de lavage qui vient d'être recueillie, il suffit de verser
une quantité déterminée d'une solution de tannin et d'agiter quelques
instants: immédiatement un trouble se produit, un dépôt abondant se
forme au fond du vase, c'est le tannate de nicotine, insoluble; que l'on
filtre cette eau, le tannate de nicotine restera sur le filtre et, en
arrosant le tabac avec cette eau filtrée, on lui restituera tous ses
principes, excepté son poison, la nicotine. On fait ensuite sécher le
tabac. Tel est, résumé en quelques lignes, le procédé du docteur Parant.
Les personnes que la question intéressera particulièrement pourront
s'adresser pour plus amples détails au _docteur Parant, rue Regard, à
Lons-le-Saunier (Jura)._
[Suppléments:]