Le peuple le plus riche du monde est uni; peuplade fort peu connue, qui
ne possède ni libertés ni gouvernement politiques, mais qui, en
revanche, a de l'argent et des terres. Elle les a sans les avoir
d'ailleurs, et, sans les avoir, elle ne pourrait les perdre! Ces
richesses lui sont garanties par le gouvernement américain, et il ne
saurait les aliéner. La peuplade en question est celle des Osages, une
tribu qui occupe un coin du territoire de l'Oklahoma, et qui est un des
vestiges de la population qui possédait les Etats-Unis avant que les
blancs se fussent emparés du continent américain. Les Osages sont au
nombre de 1.833 et ce qu'ils possèdent, ils l'ont comme indemnité
d'expropriation allouée par les Etats-Unis. Mais ils n'ont que
l'usufruit; du jour où la tribu aura disparu le gouvernement américain
rentrera dans ses fonds. Chacun des 1.833 Osages possède un capital de
quelque 24.000 francs, déposé dans les caveaux de la Banque nationale à
Washington qui lui sert les intérêts à 5%. En outre chaque Osage possède
quelque 350 ou 400 hectares de terre, dont un cinquième est en culture;
le reste est loué comme pâturages à des éleveurs du Texas. Cette terre
gagnera certainement en valeur: elle renferme du pétrole et du charbon;
des lignes de chemin de fer vont la traverser; et au total, on estime
que la valeur de la terre possédée par chaque Osage est de près de
35.000 francs. Au total, chaque Osage--pour parler la langue des
affaires--«vaudrait» environ 60.000 francs. Il ne faudrait pas conclure
de ceci que le sort de l'Osage est particulièrement enviable, car,
l'argent qui lui revient, il ne le voit qu'en partie. Le gouvernement
américain commence par prélever sur la rente des Osages de quoi payer
les dépenses d'ordre public, d'écoles, de routes, etc. Il ne remet à
l'Osage que le surplus. Ce surplus, actuellement, est de 1.500 francs
par tête, environ. Chaque Osage a, toutefois, en surplus, ce qu'il peut
gagner par son travail sur sa ferme: il peut donc vivre de façon très
suffisante. La tutelle dans laquelle on le tient, au point de vue de
l'argent, a quelque chose de choquant; mais c'est sans doute le meilleur
procédé à adopter dans son intérêt même. Mis en possession de son
capital, il le gaspillerait, ou bien il se laisserait voler par des
blancs peu scrupuleux et finirait par retomber à la charge de l'État. En
faisant de l'Osage un capitaliste et un propriétaire qui ne peut
disposer ni de son capital ni de sa terre, on lui conserve sa fortune et
l'État s'en assure l'héritage pour plus tard.