L'HIVERNAGE AU CAMP JAPONAIS

Lorsqu'on entreprit le percement du tunnel du Simplon, qui va bientôt

offrir une nouvelle voie directe de passage entre la Suisse et l'Italie,

on avait prévu, évidemment, qu'on aurait à lutter contre de graves

difficultés. On craignait de se trouver, à certains moments, en présence

de roches friables, s'écroulant en masses sous le pic, ou encore de

poches de sable, non moins gênantes pour le travail. Mais l'obstacle le

plus redoutable dont on ait eu à souffrir, celui qui a le plus retardé

les ingénieurs, était tout à fait inattendu et s'est présenté au dernier

moment.

Alors que le tunnel,--qui, comme on sait (voir _l'Illustration_ du 27

juillet 1901), ne traverse pas la montagne horizontalement, mais est

forme de deux plans inclinés, l'un montant de Brigue, l'autre!

redescendant à Iselle,--avait franchi son point culminant, les travaux

étant beaucoup plus avancés du coté suisse, on rencontra tout à coup des

sources d'eau chaude qui, parfois, jaillissaient avec une abondance et

une violence extrêmes, et qui inondèrent la galerie, formant contre la

paroi du fond un véritable lac.

Si l'invasion de l'eau, en soi, était gênante, la température élevée

qu'elle détermina dans le tunnel était autrement redoutable pour les

travailleurs. Les eaux sortaient du roc à 50°-60°, et l'atmosphère, déjà

très surchauffée auparavant, devint du coup irrespirable, quelque soin

qu'on prit de ventiler en abondance. Il fallut céder momentanément la

place, laisser la nappe liquide se refroidir avant de songer à détourner

ou à épuiser les sources.

Maintenant on touche au moment où la communication va être établie entre

les deux parties du tunnel. On laissera alors les eaux s'écouler

d'elles-mêmes par le versant italien; mais cela différera le moment où,

selon la tradition, les ingénieurs pourront se serrer la main, d'un côté

à l'autre, à travers la brèche.

[3 illustrations:]

L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905 · 第 18 / 36 题