LE VOYAGEUR

L’herbe fleurit toujours au creux frais de ton ventre,

Terre, pourquoi refuser ton ventre au voyageur?

Et si le seigle est mûr, il a faim et ses mains

Tremblent d’amour quand il pense à toutes les gerbes.

Il sait que la forêt bleue et verte est ouverte

Aux chiens qui vont flairer le parfum des tanières:

Les fleurs fanées d’hier ont des odeurs d’étoiles,

Mais le vieux ciel est moins cruel que l’aubépine.

La spirale s’enroule aux serpents de l’éther,

Frappe et plie, pèlerin, tes épaules pensives:

Le moulin tourne et la mélancolie des oies

Écrit ta destinée sur l’horizon sanglant.

Heure, ami, crépuscule, et le plaisir des mules

Et les pleurs de la roue et l’ange qui s’envole:

Ferme tes poings, dors-toi dans l’astre de ton rêve:

L’escadre des méduses tombe et crève sur les grèves.

1895

Divertissements: poèmes en vers · 第 73 / 104 题