Je me souviens des bois et des jardins,
Des arbres et des fontaines,
Des champs, des prés et aussi des chemins
Aux figures incertaines.
Ce vieux bois qui, dans sa verte douceur,
Aimait mon adolescence,
Il a toujours l’adorable fraîcheur
Et la chair de l’innocence.
Il a toujours le chant de son ruisseau,
Et les plumes de ses mésanges
Et de ses geais et de ses poules d’eau,
Et le rire de ses anges
Car on entend souvent au fond des bois
Des souffles, des voix frileuses,
Et l’on ne sait si ce sont des hautbois
Ou l’émoi des amoureuses.
Il a toujours les feuilles de ses aulnes
Dont les troncs sont des serpents;
Il a toujours ses genêts aux yeux jaunes
Et ses houx aux fruits sanglants,
Ses coudriers aimés des écureuils,
Ses hêtres, qui sont des charmes,
Ses joncs, le cri menu de ses bouvreuils,
Ses cerisiers pleins de larmes;
Ses grands iris, dans leur gaîne de lin,
Qu’on appelle aussi des flambes,
Ses liserons, désir rose et câlin,
Qui grimpe le long des jambes:
Liserons blancs, aussi liserons bleus,
Liserons qui sont des lèvres,
Et liserons qui nous semblent des yeux
Doux de filles ou de chèvres;
Beaux parasols semés d’insectes verts,
Angéliques et ciguës;
Vous qui montrez à nu vos cœurs amers,
Belladones ambiguës;
Blonds champignons tapis sous les broussailles,
Oreilles couleur de chair,
Morilles d’or, bolets couleur de paille,
Mamelles couleur de lait!
Il a toujours tout ce qui fait qu’un bois
Est un lit et un asile,
Un confident aimable à nos émois,
Une idée et une idylle.
* * * * *
Mais un désir me ramène au jardin:
Je retrouve ses allées,
Ses bancs verdis, ses bordures de thym,
Ses corbeilles dépeuplées.
Voici ses ifs, ses jasmins, ses lauriers,
Ses myrtes un peu moroses,
Et voici les rubis de ses mûriers
Et ses guirlandes de roses.
Je viens m’asseoir à l’ombre du tilleul,
Dans la rumeur des abeilles,
Et je retrouve, en méditant, l’orgueil,
O sourire, et tes merveilles.
Sur ce vieux banc, je retrouve l’espoir
Et la tendresse des aubes:
Je veux, ayant vécu de l’aube au soir,
Vivre aussi du soir à l’aube.
Le présent rit à l’abri du passé
Et lui emprunte ses songes:
Le renouveau d’octobre a des pensées
Douces comme des mensonges.
O vieux jardin, je vous referai tel
Qu’en vos nobles jours de grâce;
J’effacerai tous les signes de gel
Qui meurtrissaient votre face.