Le doyen des peintres d'histoire, Couder, est mort le 24 juillet
dernier, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.
Né à Paris en 1787, il avait fait ses premières études à Marseille, pays
natal de sa mère, et était venu les achever à Paris. Il n'était pas
encore fixé sur la carrière qu'il voulait suivre, et avant de tenter
celle des arts, dans laquelle il devait se faire une place honorable, il
avait un instant frappé à la porte de la science. Mais ce n'avait été
qu'un caprice de jeunesse, presque aussitôt abandonné.
Il entra d'abord dans l'atelier de Regnault, d'où il passa dans celui de
David, alors à l'apogée de sa gloire et de sa fortune.
Mais les heures de l'adversité approchaient pour lui avec la fin de
l'empire, dont il était l'un des favoris.
On sait qu'à la suite de la seconde restauration il fut contraint de
s'exiler. C'est pendant cet exil qui ne devait même pas finir avec sa
vie, car le gouvernement ne voulut pas laisser ramener en France sa
dépouille mortelle, c'est pendant cet exil que ses anciens élèves, dont
était Couder, lui donnèrent la preuve à la fois la plus éclatante et a
plus courageuse de reconnaissance.
Après diverses tentatives infructueuses faites auprès du ministère pour
mettre un terme à l'exil de ce grand maître, ils firent frapper en son
honneur une médaille qui, gravée par Galle, lui fut portée à Bruxelles
par Gros.
[Illustration: M. COUDER. D'après la photographie de M. Reutlinger.]
Couder a toujours gardé un vif souvenir de David, qui lui avait montré
la route du beau et enseigné le secret de ne s'y point égarer.
À l'exposition de 1817, son _Lévite d'Ephraïm_ partagea le grand prix
avec le _Saint Etienne_ d'Abel de Pujol. À la suite de ce succès, Couder
fut appelé à exécuter les peintures de la galerie d'Apollon au Louvre.
Une question d'amour-propre devait momentanément l'éloigner de la
France. Quelques-uns des tableaux qu'il exposa de 1820 à 1827 n'eurent
pas auprès du public le succès qu'il espérait, et il se montra
très-sensible à cette froideur, qu'il jugeait imméritée.
C'est alors qu'il passa en Allemagne.
Il se retira en Bavière et s'établit à Munich, ou il séjourna longtemps
et peignit des fresques.
Après les journées de juillet et la chute de Charles X, il revint en
France, où cette fois le succès l'attendait. Plusieurs de ses ouvrages
eurent même de la popularité, entre autres, l'_Adoration des Mages_
(1831), les portraits du général Rampon et du maréchal de Saxe, et
surtout la _Bataille de Laufeld_, qui date de 1836.
De 1838 à 1844, il donna la _Prise de York-Town_, la _Prise de Lérida en
1807_, la _Fédération_, l'_Assemblée des États-Généraux_. Au Salon de
1848, il exposa le _Serment du Jeu de paume_.
Couder était membre de l'Académie des beaux-arts depuis 1839, et
officier de la Légion d'honneur.