IV.

Le retour prévu du prétendant allait encore augmenter l’agitation

et l’anarchie de la Castille. A son arrivée dans le Languedoc, don

Henri n’avait trouvé d’abord qu’une hospitalité froide et timidement

accordée. Le duc d’Anjou, gouverneur de la province, lui avait fait

tenir à la vérité quelques secours d’argent ; mais cette espèce

d’aumône s’était faite en secret, et c’était avec peine que le roi

fugitif avait obtenu la permission de voir le Duc et de conférer

avec lui sur l’état des affaires en Castille. L’entrevue avait eu

lieu avec une sorte de mystère, car la cour de France n’osait encore

déclarer ouvertement ses sympathies, dans la crainte d’une rupture avec

l’Angleterre. Cependant Charles V avait trop d’intérêt à soustraire

l’Espagne à la domination anglaise pour abandonner complétement le

prétendant de son choix. Bientôt on apprit le mécontentement du prince

de Galles et le mauvais état de sa santé ; cette nouvelle rendit

quelque hardiesse au roi de France. Il commença par donner une pension

à don Henri, puis le comté de Cessenon, près de Béziers, pour lequel

il reçut ouvertement son hommage.[612] Ce n’étaient encore que des

secours dus à une grande infortune, un asile accordé à un homme qui

avait autrefois servi la France. Mais en même temps don Henri recevait

sous main des encouragements et des promesses. Retiré dans son nouveau

domaine, il était à portée d’étudier commodément la situation de la

Castille et de correspondre avec ses partisans secrets ou déclarés.

De toutes parts lui arrivaient des rapports propres à entretenir ses

espérances et à réchauffer son courage. On lui peignait le désordre

général, l’indignation excitée par les nouvelles rigueurs de don Pèdre,

le dénûment de ses ressources, le mécontentement des communes grevées

de taxes nouvelles, enfin l’attitude hostile de quelques-uns des grands

vassaux. D’un autre côté, plusieurs capitaines, anglais ou gascons, que

don Henri avait eu l’art de s’attacher pendant qu’ils étaient à son

service, l’avertissaient secrètement de la mésintelligence entre don

Pèdre et le prince de Galles, et l’assuraient que ce dernier, accusant

la mauvaise foi de son allié, déclarait hautement qu’il ne ferait

dorénavant aucun effort pour le défendre.

Histoire de don Pèdre Ier, roi de Castille · 第 142 / 163 题