I.

Le prince de Galles entra dans Burgos quelques jours après don Pèdre.

Là, leur mésintelligence éclata de nouveau et de la manière la plus

flagrante. Le premier se plaignait amèrement que son allié lui vendît

trop cher ses services ; le second que l’on n’exécutât pas fidèlement

le traité de Libourne. On remarqua que le prince voulut prendre son

logement hors de la ville, loin du roi, qui s’était établi dans le

château : ils semblaient se méfier l’un de l’autre. Édouard n’était

plus consulté sur rien, et don Pèdre prétendait gouverner seul, comme

par le passé. A peine arrivé dans Burgos, il fit arrêter l’archevêque,

Jean de Cardalhac, né en Gascogne et parent du comte d’Armagnac, un

des principaux chefs de l’armée anglaise. Pour rendre impossible toute

intercession en sa faveur, le roi le fit partir précipitamment pour

le château d’Alcalà de Guadaïra, en Andalousie, où l’attendait un

de ces cachots creusés sous terre, affreuse invention du despotisme

féodal.[597] Peu de temps après, on conduisit dans la même forteresse

Diego de Padilla, maître de Calatrava et beau-frère du roi. On a vu

qu’il s’était hâté de faire sa soumission à don Henri, avant même

que don Pèdre eût quitté ses états, et, par la promptitude de cette

défection, il avait obtenu de l’usurpateur la conservation de sa haute

dignité, ou plutôt que don Henri s’abstînt de prononcer entre lui et

don Pedro Moniz, qui se prétendait aussi maître de Calatrava.[598]

Padilla avait cherché à se faire oublier, se cachant, en quelque sorte,

dans les châteaux de son ordre. Lorsque l’approche des Anglais eut

obligé don Henri à réunir toutes ses forces, Padilla, par des lenteurs

calculées, fit en sorte de demeurer en arrière et n’assista point à la

bataille de Najera. Instruit du résultat, il accourut auprès de don

Pèdre à la tête d’environ deux cents chevaliers de son ordre, appelés

par lui, disait-il, pour voler au secours de leur légitime souverain.

Don Pèdre ne fut point la dupe de ce mensonge ; dès qu’il vit la

Castille soumise, il fit arrêter le traître et le jeta en prison.

Padilla y mourut au bout de quelques mois. Il avait été déjà remplacé

dans ses fonctions par Martin Lopez, maître d’Alcántara.[599]

Histoire de don Pèdre Ier, roi de Castille · 第 139 / 163 题