I.

Le soulèvement de la Biscaïe était encore loin d’être apaisé, lorsque

don Pèdre, de retour à Valladolid, ouvrit les cortès en personne. Les

transactions de cette assemblée, qui se prolongea jusqu’au-delà de

l’année 1351, ont été conservées en partie et forment un des monuments

les plus curieux pour l’histoire de cette époque. Suivant l’usage,

chaque ordre présenta ses cahiers, dont après la session il reçut une

expédition en forme accompagnée des décisions royales. Sous le titre de

règlement (_ordenamiento_), les vœux exprimés par les députés et les

réponses rendues au nom du souverain allaient prendre place parmi les

lois de l’état.

Les réformes réclamées par les trois ordres, les satisfactions ou les

promesses données par la couronne font connaître assez exactement

sans doute la situation de la Castille. A ce titre, j’entrerai dans

un examen sommaire des différents cahiers. Ils sont écrits en langue

castillanne, qui remplaçait le latin dans les actes publics depuis

les sages règlements d’Alphonse X ; mais, pour être rédigés dans

une langue vivante, ils ne laissent pas de conserver encore bien des

obscurités. Elles résultent quelquefois de l’emploi de termes dont la

signification exacte est maintenant mal connue, plus souvent du manque

de détails et de précision dans l’exposé des demandes présentées au

roi. En effet, la rédaction en est, en général, si sommaire et si

vague, qu’on doit regarder la pétition écrite comme le simple résumé

d’une représentation verbale, une espèce de _memorandum_ destiné à

rappeler un discours étendu ou même une discussion approfondie.[86]

Si ces documents nous sont parvenus dans leur intégrité, comme il y a

tout lieu de le croire, on sera d’abord surpris de n’y trouver aucune

allusion aux événements politiques qui venaient de marquer l’accession

au trône de don Pèdre. Le meurtre de Garci Laso, le séquestre des

domaines de Lara, la proscription de son fils, la guerre de Biscaïe,

ne paraissent pas avoir été l’objet d’aucune représentation de la

part des riches-hommes, et l’exécution des bourgeois de Burgos, la

violation de leurs libertés, n’attirent pas davantage les plaintes

des députés des communes. Je ne puis voir, en effet, qu’une formule

banale dans la demande de confirmer les anciennes franchises et les

priviléges existants, qui précède les cahiers de chaque ordre, et ce

serait y attacher une importance fort exagérée, que de la prendre

pour une protestation contre les derniers actes du gouvernement,

actes non-seulement contraires aux franchises de chacun des ordres,

mais encore à toutes les lois. Du silence étrange de l’assemblée,

il faut conclure, ce me semble, l’approbation tacite des mesures

violentes prises par Alburquerque, ou bien y reconnaître une preuve de

l’intimidation dont ce ministre était parvenu à frapper tout le parti

de Lara.[87]

Histoire de don Pèdre Ier, roi de Castille · 第 35 / 163 题