XIV.

Le 17 novembre.

«Mimi[1] m'a écrit. Cette chère Mimi me dit de charmantes et douces

choses sur notre séparation, sur son retour, sur son ennui, car elle

s'ennuie loin de moi comme je m'ennuie sans elle. À tout moment, je

vois, je sens qu'elle me manque, surtout la nuit où j'ai l'habitude de

l'entendre respirer à mon oreille. Ce petit bruit me porte sommeil. Ne

pas l'entendre me fait penser tristement. Je pense à la mort, qui fait

aussi tout taire autour de nous, qui sera aussi une absence.

[Note 1: On appelait quelquefois ainsi dans la famille l'autre soeur,

_Mimi, Mimin_ ou Marie.]

«Ces idées de la nuit me viennent un peu de celles du jour. On ne

parle que de maladies, que de morts; la cloche d'Andillac n'a sonné

que des glas ces jours-ci. C'est la fièvre maligne qui fait ses

ravages comme tous les ans. Nous pleurons tous une jeune femme de mon

âge, la plus belle, la plus vertueuse de la paroisse, enlevée en

quelques jours. Elle laisse un tout petit enfant qui tétait. Pauvre

petit! C'était Marianne de Gaillard.

«Dimanche dernier j'allai encore serrer la main à une agonisante de

dix-huit ans. Elle me reconnut, la pauvre jeune fille, me dit un mot

et se remit à prier Dieu. Je voulais lui parler, je ne sus que lui

dire; les mourants parlent mieux que nous. On l'enterrait lundi.

«Que de réflexions à faire sur ces tombes fraîches! Oh! mon Dieu! que

l'on s'en va vite de ce monde! Le soir, quand je suis seule, toutes

ces figures de mort me reviennent. Je n'ai pas peur, mais mes pensées

prennent toutes le deuil, et le monde me paraît aussi triste qu'un

tombeau. Je t'ai dit cependant que tes lettres m'avaient fait plaisir.

Oh! c'est bien vrai; mon coeur n'est pas muet au milieu de ces

agonies, et ne sent que plus vivement tout ce qui lui porte vie.

«Ta lettre donc m'a donné une lueur de joie, je me trompe, un

véritable bonheur, par les bonnes choses dont elle est remplie. Enfin

ton avenir commence à poindre; je te vois un état, une position

sociale, un point d'appui à la vie matérielle. Dieu soit loué! c'est

ce que je désirais le plus en ce monde et pour toi et pour moi, car

mon avenir s'attache au tien, ils sont frères. J'ai fait de beaux

rêves à ce sujet, je te les dirai peut-être. Pour le moment, adieu; il

faut que j'écrive à Mimi.»

Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 133 / 229 题