M. de Guérin, émigré dès son enfance et rentré tout jeune de
l'émigration, en avait rapporté au Cayla cette foi antique et robuste
de caste et de famille, qui était plus enfoncée dans son coeur que les
fondements de son ancien manoir dans le rocher d'Andillac.
En continuant de monter l'escalier sombre et à spirale du Cayla, on
rencontrait çà et là de petits paliers de quelques marches détachées
du grand escalier, qui formaient un angle rentrant sous une porte en
rosace, donnant entrée à quelques séries de petits appartements, et
enfin, très-haut, aux chambres des domestiques.
Le premier de ces repos ouvrait sur trois chambres, au-dessus du
salon, qu'habitaient mademoiselle Eugénie de Guérin et sa petite
soeur.
La chambre de mademoiselle de Guérin était un peu plus ornée que celle
d'une servante; le lit était sans rideaux, cependant une petite table
sans tapis était entre les deux fenêtres; des livres pareils à ceux du
salon, et quelques feuilles de papier à moitié écrites d'une fine
écriture, étaient épars çà et là sur la table et sur les fauteuils.
Deux ou trois petits cadres de portraits, cloués contre les
murailles, attestaient ses amitiés ou ses préférences en hommes ou en
femmes. Des ouvrages de contemplation et le livre des livres pour les
âmes qui aiment à s'entretenir avec Dieu, le livre qui s'appelle
d'abord _Consolations_, l'_Imitation_, était en permanence sur la
table de nuit, comme une fleur séchée et effeuillée dont on a respiré
mille fois tous les parfums, mais qu'on garde pour les respirer
encore. Un crucifix en ivoire, héritage de sa mère, reposait sur la
cheminée; un chapelet, rarement oisif, était enroulé autour du cou et
pendait jusqu'aux pieds du Christ. On voyait qu'en rentrant de la
petite église d'Andillac on l'avait déposé là le matin pour le
reprendre le soir, à l'heure où le soleil baissant fait sentir le
besoin de prier.