VIII.

M. de Guérin, émigré dès son enfance et rentré tout jeune de

l'émigration, en avait rapporté au Cayla cette foi antique et robuste

de caste et de famille, qui était plus enfoncée dans son coeur que les

fondements de son ancien manoir dans le rocher d'Andillac.

En continuant de monter l'escalier sombre et à spirale du Cayla, on

rencontrait çà et là de petits paliers de quelques marches détachées

du grand escalier, qui formaient un angle rentrant sous une porte en

rosace, donnant entrée à quelques séries de petits appartements, et

enfin, très-haut, aux chambres des domestiques.

Le premier de ces repos ouvrait sur trois chambres, au-dessus du

salon, qu'habitaient mademoiselle Eugénie de Guérin et sa petite

soeur.

La chambre de mademoiselle de Guérin était un peu plus ornée que celle

d'une servante; le lit était sans rideaux, cependant une petite table

sans tapis était entre les deux fenêtres; des livres pareils à ceux du

salon, et quelques feuilles de papier à moitié écrites d'une fine

écriture, étaient épars çà et là sur la table et sur les fauteuils.

Deux ou trois petits cadres de portraits, cloués contre les

murailles, attestaient ses amitiés ou ses préférences en hommes ou en

femmes. Des ouvrages de contemplation et le livre des livres pour les

âmes qui aiment à s'entretenir avec Dieu, le livre qui s'appelle

d'abord _Consolations_, l'_Imitation_, était en permanence sur la

table de nuit, comme une fleur séchée et effeuillée dont on a respiré

mille fois tous les parfums, mais qu'on garde pour les respirer

encore. Un crucifix en ivoire, héritage de sa mère, reposait sur la

cheminée; un chapelet, rarement oisif, était enroulé autour du cou et

pendait jusqu'aux pieds du Christ. On voyait qu'en rentrant de la

petite église d'Andillac on l'avait déposé là le matin pour le

reprendre le soir, à l'heure où le soleil baissant fait sentir le

besoin de prier.

Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 127 / 229 题