Cette longue pièce à tiroir est trop minutieusement étudiée pour le
roman et même pour l'histoire. Gavroche assaisonne de calembours les
coups de feu. Il y a beaucoup de Don Quichote dans ces héros, quelques
bacheliers de Salamanque, et pas mal de Gil Blas.
Marius, devenu tout à coup philosophe radical, joue d'inspiration un
hymne à la guerre civile. On ne peut pas discuter avec Marius: il a un
tourbillon dans la tête, une amante perdue dans le coeur, un baril de
poudre sous la main dans la barricade, la mèche au poing pour faire
sauter vainqueurs et vaincus si la victoire hésite.
Éponine reçoit un coup de feu qui était destiné à Marius. Elle meurt
en lui avouant son amour. Gavroche, le gamin de Paris, meurt en brave
et en chantant un refrain contre les gendarmes. Un billet de Cosette,
retrouvé sur la poitrine d'Éponine, apprend à Marius qu'elle loge avec
son père à deux pas de là, rue de l'Homme-Armé, nº 7.
Tout ce pêle-mêle de grisettes, de filles perdues, de vieillards
désespérés, d'étudiants goguenards, de philosophes radicaux, de braves
rêveurs, de héros sans cause, est d'un mouvement désordonné qui peint
bien l'imagination populaire un jour de révolution.
Marius succombe à la fin, le dernier, dans son fossé de feu; on
l'emporte au cabaret. Valjean le reconnaît et le fait disparaître, par
un trou dans le pavé, sous les solitudes des égouts de Paris. En même
temps il sauve la vie à Javert, son persécuteur et son prisonnier.