«Art. 1er. M. Gambetta, membre du gouvernement, ministre de l'intérieur,
est adjoint à la délégation de Tours; il se rendra sans délai à son poste.
«Art. 2. M. Jules Favre, ministre des affaires étrangères, est chargé de
l'intérim du ministère de l'intérieur à Paris.
«En exécution de ce décret, le ministre de l'intérieur est parti ce matin
même par ballon. Il a emporté la proclamation qui suit à l'adresse des
départements:
«Français,
«La population de Paris offre en ce moment un spectacle unique au monde.
«Une ville de deux millions d'âmes, investie de toutes parts, privée
jusqu'à présent, par la criminelle incurie du dernier régime, de toute
armée de secours, et qui accepte avec courage, avec sérénité, tous les
périls, toutes les horreurs d'un siège.
«L'ennemi n'y comptait pas. Il croyait trouver Paris sans défense; la
capitale lui est apparue hérissée de travaux formidables, et, ce qui vaut
mieux encore, «défendue par 400,000 citoyens qui ont fait d'avance le
sacrifice de leur vie.
«L'ennemi croyait trouver Paris en proie à l'anarchie; il attendait la
sédition, qui égare et qui déprave; la sédition, qui, plus sûrement que le
canon, ouvre à l'ennemi les places assiégées,
«Il l'attendra toujours. Unis, armés, approvisionnés, résolus, pleins de
foi dans la fortune de la France, les Parisiens savent qu'il ne dépend
plus que d'eux, de leur bon ordre et de leur patience, d'arrêter pendant
de longs mois la marche des envahisseurs.
«Français! c'est pour la patrie, pour sa gloire, pour son avenir, que la
population parisienne affronte le fer et le feu de l'étranger.
«Vous qui avez déjà donné vos fils, vous qui nous avez envoyé cette
vaillante garde mobile, dont chaque jour signale l'ardeur et les exploits,
levez-vous en masse, et venez à nous; isolés, nous saurions sauver
l'honneur; mais avec vous, et par vous, nous jurons de sauver la France!»
Paris, le 7 octobre 1870.