Cette semaine, deux faits divers ont occupé, dans les journaux, la place
réservée à la «grande actualité».
Le premier, effroyable, a été «la tragédie de Nogent-sur-Marne». Ici, on
a vu un ingénieur, M. Victor Ronfaut, affolé par la peur de la misère,
se suicider après avoir tué à coups de carabine, ou égorgé à l'aide d'un
rasoir, sa femme et ses trois enfants. Mme Ronfaut a évidemment été
complice de ce crime. Quant aux trois petites victimes, c'étaient trois
garçonnets: Jean, âgé de quinze ans, Mathieu, treize ans, et Marius,
douze ans, très bien élevés, de charmants écoliers, studieux, adorés de
leurs camarades et de leurs maîtres.
L'autre fait divers est du genre rocambolesque et assez neuf dans ses
péripéties: c'est «le vol d'un million».
Un employé du Comptoir National d'Escompte, Jean Gallay, a disparu en
enlevant, à cet établissement de crédit, non tout à fait un million, au
dire des administrateurs, mais 850.000 francs.
Gallay avait été inspecteur au service de la Sûreté générale. Aux heures
de travail, employé ponctuel, il était, le soir, grand seigneur et, sous
le nom de baron de Gravald, traînait dans les lieux de plaisir
l'existence des riches désoeuvrés. Il avait, bien que marié et père de
famille, une liaison coûteuse avec une demi-mondaine, Mme Merelli, qui
le secondait dans ses virements. A la fin du mois dernier, il
disparaissait. La semaine dernière seulement, on a appris ce qu'il était
devenu: le baron de Gravald s'est embarqué, le 1er août, au Havre, avec
son amie Merelli, la femme de chambre d'icelle et un médecin, qui sera
bien surpris de l'aventure, sur un yacht luxueux, loué par
l'intermédiaire de la _Yachting Gazette_, la _Catarina_. Et, sous
pavillon anglais, il vogue vers une destination inconnue.
[Illustration: Le yacht _Catarina_, qui porte Jean Gallay, Mme Merelli
et leur fortune.]
[Illustration: Plantation d'un décor des _Hérétiques_ aux Arènes de
Béziers.]
[Illustration: Jean Gallay.]
[Illustration: Mme Merelli.--_Phot. Ogereau._]
[Illustration: CAUCHEMAR, par Henriot.]