Après une brillante et très active vice-royauté de sept ans, lord Curzon
vient de démissionner. Cet événement est le résultat prévu du conflit
qui s'était élevé entre lord Kitchener et le vice-roi au sujet du
commandement de l'armée des Indes. Lord Kitchener étant soutenu par le
ministre, lord Curzon devait se soumettre ou se démettre; il a préféré
se démettre.
On se rappelle les notes flatteuses qui, dans la presse, saluèrent la
nomination de lord Curzon. On a encore présents à la mémoire les fastes
du durbar de Delhi, où le vice-roi, en grand costume, fit défiler les
princes indiens devant les héritiers d'Angleterre. Les voyages d'études
du noble lord, son ouvrage, aujourd'hui classique, sur la Perse,
l'avaient, autant que la faveur de la reine, désigné pour occuper le
poste difficile et envié de vice-roi des Indes. Sous son gouvernement,
plus occupé d'acquisitions territoriales que de réformes intérieures,
l'activité anglo-indienne avait résolument franchi les frontières et
provoqué, tant en Europe qu'en Asie, de légitimes inquiétudes.
Récemment, lord Curzon entreprit l'expédition thibétaine. Sa façon de
réorganiser l'administration du Bengale le rendit nettement impopulaire.
Le nouveau vice-roi, lord Minto, participa aux campagnes d'Afghanistan,
d'Égypte et à la répression de l'insurrection canadienne de 1885; c'est
un vaillant soldat, doublé d'un économiste avisé. Il fut gouverneur
général du Canada de 1898 à 1904.