_L'oukase, depuis de longs mois attendu, créant en Russie une_
Gosoudartsvennaïa douma, _assemblée nationale élue, associée dans une
certaine mesure au gouvernement de l'empire, vient d'être publié le 19
août. C'est une ère nouvelle qui s'ouvre pour la Russie. Mais il reste à
assurer l'exécution des volontés impériales, à régler le mode d'élection
des députés à la Douma. Une commission a été nommée pour y pourvoir. Un
des problèmes graves qu'elle aura à résoudre vient de l'extraordinaire
variété des races qui peuplent les territoires soumis au sceptre des
tsars de toutes les Russies», pour employer la formule protocolaire. Nous
avons cherché à donner, par l'image, une idée frappante de ce mélange
hétéroclite de races, de familles, de tribus, de peuplades, dont est
constitué le peuple russe. Nous n'avons pas la prétention d'avoir
représenté en son ensemble cette étonnante agglomération. Sans parler de
la Russie d'Europe, habitée par près de vingt peuples différents, les
populations de la région du Caucase sont issues de plus de quinze
souches diverses, et la Sibérie, en dehors des immigrants ou des exilés
russes, est occupée par une dizaine de races, pas même parentes
lointaines, puisqu'elles sont de descendance turque, mongole ou
finnoise. Ajoutons que les types que nous avons choisis comme
représentatifs des électeurs russes de demain peuvent aussi, demain,
être les élus du peuple. Il y a là des_ starostes _ou maires de village,
auxquels la popularité peut-être sourirait, des marchands opulents des
grandes villes, des juifs millionnaires, groupés autour de quelques
«intelligents» promoteurs du mouvement libéral qui vient d'aboutir à
cette réforme, et qui, eux, ont les origines les plus diverses. On
imagine à quel point pourra être panachée et curieuse d'aspect une
assemblée parlementaire où se coudoieront Grands et Petits-Russiens,
Lithuaniens, Esthoniens, Arméniens, Finnois, Géorgiens, Tatares,
Tcherkesses, Bouriates, Roumains de la Bessarabie, tous ayant des
croyances, des coutumes, des moeurs différentes, et qui seraient
incapables de se comprendre les uns les autres si chacun s'exprimait
dans sa langue maternelle: mais l'oukase a eu soin, du moins, de faire
de la connaissance de la langue russe la première condition
d'éligibilité._
[Illustration: LE PARDON DES FLEURS D'AJONC A PONT-AVEN (FINISTÈRE)
Concours de costumes locaux et de rondes populaires.--_Photographies
Hamonic.--Voir l'article, page 134._]