A Clément Massier.
I
Jean avait, de son père, hérité un petit enclos au bord de la mer.
Autour de l’enclos, bourdonnaient les ramures des pins qui répondaient
aux bruissements des vagues. Au pied des pins, le sol était rouge, et
l’ombre pourpre de la terre, tombant dans le bleu des vagues du golfe,
les rendait violettes et tristes, le soir surtout, aux heures de
rêverie.
Il y avait, dans l’enclos, des roses et des fraises. Les belles filles
du voisinage venaient chez Jean acheter de ces fruits et de ces fleurs,
comparables à leurs joues. Roses, lèvres et fraises, ayant même
jeunesse, avaient la même beauté.
Jean vivait heureux, devant la mer, au pied des collines, sous un
olivier planté devant sa porte, et qui, en toute saison, faisait flotter
sur son mur blanc une dentelle d’ombre bleuâtre.
Auprès de l’olivier, il y avait un puits. L’eau en était si fraîche et
si pure que les filles du voisinage, aux joues de rose, aux lèvres de
fraise, y venaient, matin et soir, avec leurs cruches. Sur leur tête
couronnée d’un coussinet, elles portaient, en les soutenant de leurs
beaux bras nus, relevés en anses vivantes, les cruches, sveltes et
rebondies comme elles.
Jean regardait toutes ces choses et il admirait et bénissait la vie.
Comme il n’avait pas vingt ans, il aima d’amour une des belles filles
qui puisaient de l’eau à son puits, qui mangeaient ses fraises et qui
respiraient ses roses.
Il dit à cette jeune fille qu’elle était pure et fraîche comme l’eau,
savoureuse comme la fraise et suave à respirer comme la rose. Alors, la
jeune fille sourit.
Il lui répéta la même chanson et elle fit la moue.
Il lui répéta son même refrain; et elle épousa un matelot qui l’emmena
sur la mer lointaine.
Jean pleura beaucoup, mais il admirait toujours et il bénissait la vie.
Jean pensait quelquefois que la fragilité de ce qui est beau, la
brièveté de ce qui est bon, donne du prix à la bonté et à la beauté des
choses.