LE TÉMOIN.

Je l’ai vu ainsi qui portait son mort entre ses bras... Il était à cent

pas loin de moi, pas plus. J’étais changé en marbre. Il s’arrêta, lui,

cet homme, et posa à terre le cadavre; il le coucha et parut regarder

autour de lui. Les pieds du mort couché étaient contre les pieds du

vivant debout. Je vois encore tout, comme si j’y étais! Je voyais tout!

Le cadavre faisait par terre comme l’ombre du vivant, comme une ombre

immobile à côté de la vraie qui remuait! je pensai cette chose-là et

j’eus envie de m’en aller en courant, mais la peur me clouait sur ma

pierre! J’avais la fièvre sûrement et j’en ai été malade après, avec un

délire où tout cela m’est revenu plus d’une fois. Vous comprenez, ce

sont des rêves abominables!

L'Été à l'ombre · 第 48 / 135 题