LE TÉMOIN.

Bref, étant monté sur ma pierre, et regardant par-dessus les murs, je

vis que la lune déjà haute éclairait la plaine. Elle était blanche au

clair de lune, la plaine, comme en hiver par la neige, et il y avait un

silence!--oh! un silence de neige!

Et, dans la plaine, si blanche, je vis deux ombres, si noires que j’eus

peur. Mais je me dis: c’est justement la lune qui les fait noires en les

éclairant du côté où je ne les vois pas; ce sont des hommes qui

reviennent de la ville et vont à Saint-Laurent, après la soirée passée

au cabaret. C’était jour de marché en ville aujourd’hui, pensai-je; et

le chemin qui va de la ville à Saint-Laurent est justement derrière ma

maison... Mais pourquoi passent-ils au milieu de la plaine, puisque le

chemin n’y passe pas?... Et pourquoi courent-ils?

A ce moment, l’un atteignit l’autre. Un bras s’était levé. Un cri, une

plainte--voilà ce que j’entendis... Et une seule ombre continua de

courir et de s’agiter dans la plaine... Je m’évanouis. Je fis des

efforts pour revenir à moi, de grands efforts; mon chien se mit enfin à

me lécher, et seulement alors je repris connaissance... Ma femme (qui le

matin même, était allée vendre à la ville), accablée de fatigue,

n’entendant plus hurler le chien, s’était, je dois le dire, rendormie,

et, ma foi, jusqu’au jour ne fit qu’un somme. (_Hilarité prolongée dans

l’assistance._)

L'Été à l'ombre · 第 40 / 135 题