Mme Gouilléras, de Saint-Martin-l'Église, la morphinomane désabusée et
naguère si enthousiaste, écrivait des lettres affectueuses pour exhorter
Blanche à vaincre sa passion: d'un autre côté, Mme de La Croze et M. de
Montreu surveillaient le pauvre jouet de la Pravaz.
--Nous la sauverons! déclara Geneviève Saint-Phar.
Tout semblait concourir à la paix de la noble famille.
Le capitaine vivait loin de sa victime; la matrone de la rue
Trois-Frères n'essayait point un chantage dangereux et banal, et la
forte somme versée lui ayant permis d'étendre le cercle de ses
manoeuvres, Mme Xavier travaillait aux délivrances et aux avortements.
Seule, une femme de chambre, la domestique même qui avait prêté des
habits à Mme de Montreu, lors de l'opération abortive, seule, Angèle
demeurait l'esclave docile et intéressée de sa maîtresse.
--Angèle, dit, un soir, la marquise, tu vas porter cette lettre à M. de
Pontaillac; tu ne la remettras qu'à Monsieur, et tu attendras la
réponse.
Et elle ajouta mentalement:
--Il trouve bien de la morphine, lui!
Angèle, une longue et blonde maigre, fit la commission et revint,
porteuse de ce billet:
«Madame,
Il m'est douloureux de vous refuser--mais je meurs du poison, et après
avoir été la cause de vos souffrances, je ne veux pas être le meurtrier
de celle que j'adore.
Pardonnez-moi, Blanche, et si votre amour est à ce prix, j'aime mieux
souffrir et pleurer.