Paris, 20 septembre 1691.
Ma santé est un peu meilleure qu'elle n'a été, c'est-à-dire que j'ai un
peu moins de vapeurs; je ne connois point d'autre mal; ne vous inquiétez
pas de ma santé; mes maux ne sont pas dangereux; et quand ils le
deviendroient, ce ne seroit que par une grande langueur et par un grand
desséchement, ce qui n'est pas l'affaire d'un jour: ainsi, ma belle,
soyez en repos sur la vie de votre pauvre amie; vous aurez le loisir
d'être préparée à tout ce qui arrivera, si ce n'est à des accidens
imprévus, à quoi sont sujettes toutes les mortelles, et moi plus qu'une
autre, parce que je suis plus mortelle qu'une autre; une personne en
santé me paroît un prodige. M. le chevalier _de Grignan_ a soin de moi;
j'en ai une reconnoissance parfaite, et je l'aime de tout mon coeur.
Madame la duchesse _de Chaulnes_ me vint voir hier; elle a mille bontés
pour moi; mon état lui fait pitié. Ma belle-fille a eu une fausse couche
huit jours après être accouchée; il y a assez de femmes à qui cela
arrive; c'est avoir été bien près d'avoir deux enfans; sa fille se porte
bien; ils n'en auront que trop. Notre pauvre ami _Croisilles_[153] est
toujours à Saint-Gratien: il me mande qu'il se porte fort bien à la
campagne; il faudroit que vous vissiez comme il est fait, pour admirer
qu'il se vante de se porter fort bien; nous en sommes véritablement en
peine, le chevalier _de Grignan_ et moi. L'abbé _Testu_ est allé faire
un voyage à la campagne; nous le soupçonnons, M. _de Chaulnes_ et moi,
d'être allé à la Trappe. La bonne femme, madame _Lavocat_, est bien
malade; il y a aussi bien long-temps qu'elle est au monde. Je suis toute
à vous, ma chère amie, et à toute votre aimable et bonne compagnie.
L'on vient de me dire que M. _de la Feuillade_[154] étoit mort cette
nuit; si cela est véritable, voilà un bel exemple pour se tourmenter des
biens de ce monde.