LETTRE IX.

Paris, 8 octobre 1689.

Mon style sera laconique, je n'ai point de tête: j'ai eu la fièvre, j'ai

chargé M. _du Bois_ de vous le mander.

Votre affaire est manquée et sans remède; l'on y a fait des merveilles

de toutes parts: je doute que M. _de Chaulnes_ en personne l'eût pu

faire. Le roi n'a témoigné nulle répugnance pour M. _de Sévigné_; mais

il étoit engagé, il y a long-temps: il l'a dit à tous ceux qui pensoient

à la députation; il faut laisser nos espérances jusqu'aux états

prochains. Ce n'est pas de quoi il est question présentement: il est

question, ma belle, qu'il ne faut point que vous passiez l'hiver en

Bretagne à quelque prix que ce soit. Vous êtes vieille; les Rochers[151]

sont pleins de bois; les catarrhes et les fluxions vous accableront.

Vous vous ennuierez, votre esprit deviendra triste et baissera: tout

cela est sûr, et les choses du monde ne sont rien en comparaison de tout

ce que je vous dis. Ne me parlez point d'argent ni de dettes: je vous

ferme la bouche sur tout. M. _de Sévigné_ vous donne son équipage. Vous

venez à Malicorne: vous y trouvez les chevaux et la calèche de M. _de

Chaulnes_. Vous voilà à Paris: vous allez descendre à l'hôtel de

Chaulnes; votre maison n'est pas prête, vous n'avez point de chevaux,

c'est en attendant: à votre loisir, vous vous remettrez chez vous.

Venons au fait: vous payez une pension à M. _de Sévigné_; vous avez ici

un ménage: mettez le tout ensemble, cela fait de l'argent; car votre

louage de maison va toujours. Vous direz: Mais je dois, et je paierai

avec le temps. Comptez que vous trouvez ici mille écus, dont vous payez

ce qui vous presse; qu'on vous les prête sans intérêt, et que vous les

rembourserez petit à petit, comme vous voudrez. Ne demandez point d'où

ils viennent, ni de qui c'est: on ne vous le dira pas; mais ce sont gens

qui sont bien assurés qu'ils ne les perdront pas. Point de raisonnemens

là-dessus, point de paroles, ni de lettres perdues; il faut venir: tout

ce que vous m'écrirez, je ne le lirai seulement pas; et en un mot, ma

belle, il faut venir, ou renoncer à mon amitié, à celle de madame _de

Chaulnes_ et à celle de madame _de Lavardin_. Nous ne voulons point

d'une amie, qui veut vieillir et mourir par sa faute; il y a de la

misère et de la pauvreté à votre conduite; il faut venir dès qu'il fera

beau.

Lettres de Mmes. de Villars, de Coulanges et de La Fayette, de Ninon de L'Enclos et de Mademoiselle Aïssé accompagnées de notices bibliographiques, de notes explicatives par Louis-Simon Auger · 第 166 / 267 题