A LA MÊME.

_Paris, 5 février 1704._

La comtesse _de Grammont_, madame, ne se porte pas bien; aussi je la

crois moins soutenue que le comte par les charmes de la cour,

quoiqu'elle y soit traitée avec toutes les distinctions possibles. M.

_de l'Hôpital_ est mort[135]; c'étoit une de vos conquêtes. Sa

femme[136] demeure avec quarante mille écus de rente. Cela change fort

son état; car on ne la faisoit vivre que des _infiniment petits_[137].

L'abbé _Testu_ est dans un état très-digne de pitié. Ses vapeurs

augmentent; au lieu de diminuer. Il y a trois mois qu'il n'a dormi. Il

ne mange plus, et son imagination se sent des désordres de son corps.

Ajoutez à tous ses maux soixante-dix-huit ans, et vous jugerez que nous

aurons bien de la peine à le tirer de l'état où il est. Quelle

tristesse, madame, de voir disparoître toutes les personnes avec qui

l'on a vécu! j'apprends dans ce moment la mort de madame _de

Boisdauphin_. Je vous quitte avec regret, madame, pour aller au secours

de madame _de Louvois_. Ce ne sera pourtant, qu'après vous avoir

suppliée de ne point oublier la manière dont je vous honore, j'ose dire

plus, celle dont je vous aime. Je vois quelquefois madame _de

Lesdiguières_; j'ai même été chez elle avec madame _de Simiane_, qui ne

l'avoit point vue depuis la perte de son fils[138]. Cette dernière

prétend que ce n'étoit point sa faute; mais il étoit un peu tard, je

l'avoue. Elle vous adore (_madame de Lesdiguières_); mais elle soutient,

et je suis de son avis, que ce n'est pas vous voir que de se souvenir de

vous. Je crois le printemps revenu à Marseille; car il se laisse

entrevoir dans ce pays ci. J'oubliois de vous dire que l'abbé _Testu_ a

été très-sensible à l'honneur de votre souvenir, malgré la cruauté de

tous ses maux.

Lettres de Mmes. de Villars, de Coulanges et de La Fayette, de Ninon de L'Enclos et de Mademoiselle Aïssé accompagnées de notices bibliographiques, de notes explicatives par Louis-Simon Auger · 第 134 / 267 题