A LA MÊME.

_Paris, 17 juin 1703._

J'ai eu la même conduite pour vous, madame, que j'ai eue pour moi; c'est

celle aussi qu'ont observée toutes les personnes qui, par discrétion,

n'ont pas cru devoir écrire à madame _de Maintenon_. Elles ont fait

passer leurs complimens par madame la duchesse _du Lude_. J'ai écrit à

cette dernière, et je me suis chargée de tout. Vous verrez par sa

réponse que je dis vrai; et je suis même assurée que vous me croiriez,

quand je ne vous l'enverrois point. Il est impossible d'être plus

touchée que madame _de Maintenon_ l'a été de la mort de M.

_d'Aubigné_[125]. Pour moi, je le suis fort de celle de _Gourville_,

avec lequel j'avois renouvelé un commerce très-vif. J'y ajouterai que

son esprit étoit si parfaitement revenu, que jamais lumière n'a tant

brillé avant que de s'éteindre. Je n'ai point été à la campagne, comme

je l'avois espéré; je me suis amusée à marier le frère de madame _de

Mornai_ avec mademoiselle _de Menars_. Cette pensée-là me vint; je la

proposai à M. l'abbé _Duguet_, qui voulut bien entrer dans cette

affaire. Elle est enfin conclue, et les noces se sont passées avec toute

la magnificence possible. Nous espérons de la bonté du roi l'agrément

pour la charge de président à mortier. Mademoiselle _de Menars_ a tant

de parens considérables, qu'il y a lieu de croire que cette espérance

n'est pas chimérique. On présenta hier la nouvelle mariée au roi et à

toute la cour. Madame _de Maintenon_ lui fit des prodiges. Ma

complaisance n'a point été jusqu'à aller à Versailles, quoiqu'on l'eût

désiré. J'ai renoncé au monde, et je n'ai pas l'humilité d'aller dans un

pays où je n'ai que faire, et où je n'ai rien d'agréable, ni de nouveau

à montrer. Je cours ce soir à Ormesson, où M. le maréchal _de Catinat_

et M. _de Coulanges_ m'attendent. Je vous manderai des nouvelles de la

vie que nous allons faire ce maréchal et moi. Je suis ravie d'apprendre

que vous avez enfin donné congé à M. _de Rezé_; j'en tire la conséquence

que vous revenez cet hiver. Je vous assure qu'il y a long-temps qu'aucun

évènement ne m'a fait un plaisir si sensible. Je vous prie, madame, que

je sois rassurée sur votre rhumatisme, dont je suis très en peine. Vous

vous traitez si durement, que je ne vous trouve point bien entre vos

mains. Je vis avant-hier madame _de Simiane_, que je trouvai consolée de

la perte qu'elle a faite. Elle l'a réparée, car elle est grosse; mais il

en coûte quelque chose à sa jolie figure. M. _de Sévigné_ nous a quittés

pour sa Bretagne; et madame votre belle-soeur va jeudi habiter la maison

de ma grand'mère. Je me suis trouvée attendrie en leur disant adieu; il

me paroît qu'ils vont changer et de vie et d'amis. C'est, en vérité, une

vraie sainte que madame votre belle-soeur, plus aisée à admirer qu'a

imiter. Je me plains, madame, de n'avoir point appris par vous votre

retour; mais j'en pardonnerons bien d'autres, si vous reveniez, comme je

le veux espérer.

Lettres de Mmes. de Villars, de Coulanges et de La Fayette, de Ninon de L'Enclos et de Mademoiselle Aïssé accompagnées de notices bibliographiques, de notes explicatives par Louis-Simon Auger · 第 126 / 267 题