_A Madame_DE SIMIANE[101].
_Paris, 2 mai 1696._
Je vous suis sensiblement obligée, madame, de songer encore à moi; je
connoissois toutes vos perfections; mais la tendresse de votre coeur, et
l'amitié que vous avez su avoir pour une personne[102] aussi digne
d'être aimée que celle que vous regrettez, c'est ce qui me paroît fort
au dessus de tout ce qu'on en peut dire. Ah! madame, que vous avez
raison, de me croire infiniment touchée! Je ne pense à autre chose; je
ne parle d'autre chose; j'ignore tous les détails de cette funeste
maladie, je les cherche avec un empressement qui fait voir que je ne
songe point à me ménager. Je passai hier toute la journée avec le prieur
de Sainte-Catherine; vous jugez bien sur quoi roula notre conversation;
je lui fis voir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire;
elle lui fit un vrai plaisir; car ces sortes de gens-là sont si
persuadés que cette vie-ci ne doit servir qu'à s'assurer l'autre, que
les dispositions dans lesquelles on quitte le monde sont les seules
dignes d'attention pour eux; mais on songe à ce que l'on perd, et on le
pleure. Pour moi, il ne me reste plus d'amie; mon tour viendra bientôt,
cela est raisonnable: ce qui ne l'est guère, c'est d'entretenir une
personne de votre âge de si tristes et de si noires pensées; votre
raison fait oublier votre jeunesse, madame; et cela, joint à
l'inclination naturelle que j'ai pour vous, m'autorise, ce me semble, à
vous parler comme je fais.