Marie de Bellefonds, fille de Bernardin _Gigault de Bellefonds_, aïeul
du maréchal de ce nom, fut mariée au marquis _de Villars_. Le vainqueur
de Dénain, le célèbre maréchal _de Villars_, fut le fruit de ce mariage.
M. le marquis _de Villars_ fut envoyé ambassadeur auprès de _Charles
II_, roi d'Espagne, au moment où ce prince épousa Marie-Louise
_d'Orléans_, fille de _Monsieur_, frère de _Louis XIV_ et de
Henriette-Anne _d'Angleterre_, sa première femme.
Madame _de Villars_ suivit son mari dans cette ambassade, qui ne
dura guère plus de dix-huit mois. Pendant son séjour à Madrid, elle
écrivit à madame _de Coulanges_. Il ne nous est parvenu que trente-sept
Lettres de cette correspondance; elles commencent au 2 novembre 1679, et
finissent au 15 mai 1681. Elles contiennent des détails très-curieux sur
le caractère du roi et de la reine, sur leur manière de vivre, sur les
intrigues et l'étiquette de leur cour, enfin sur les moeurs et les usages
de l'Espagne. Une preuve de la confiance qu'elles méritent, c'est que le
président _Hénault_, écrivain sévère dans le choix de ses autorités, les
cite, en parlant du pouvoir absolu que les ministres de l'Empereur
exerçoient à la cour de _Charles II_[4]. Du reste, elles sont écrites
d'un style simple, facile et agréable; c'est celui d'une femme, qui à
beaucoup de sens et d'esprit naturel joignoit ce ton délicat et fin qui
distingue la bonne compagnie. Ces Lettres étoient lues avec beaucoup de
plaisir par les personnes les plus spirituelles de la plus aimable
société qui ait peut-être jamais existé. Qui pourroit se piquer d'être
plus difficile qu'elles? Voici ce que madame _de Sévigné_ écrivoit à sa
fille, au sujet des Lettres de madame _de Villars_. «Madame _de Villars_
mande mille choses agréables à madame _de Coulanges_, chez qui on vient
apprendre les nouvelles. Ce sont des relations qui font la joie de
beaucoup de personnes; M. _de la Rochefoucault_ en est curieux; madame
_de Vins_ et moi, nous en attrapons ce que nous pouvons. Nous comprenons
les raisons qui font que tout est réduit à ce bureau d'adresse; mais
cela est mêlé de tant d'amitié et de tendresse, qu'il semble que son
tempérament soit changé en Espagne. Cette reine d'Espagne est belle et
grasse; le roi amoureux, et jaloux sans savoir de quoi, ni de qui; les
combats de taureaux affreux; deux grands pensèrent y périr; leurs
chevaux tués sous eux; très-souvent la scène est ensanglantée. Voilà les
divertissemens d'un royaume chrétien; les nôtres sont bien opposés à
cette destruction et bien plus aisés à comprendre[5]». Madame _de
Sévigné_, dans une autre lettre à madame _de Grignan_, avoit déjà parlé
ainsi de celles de madame _de Villars_. «Madame _de Villars_ n'a écrit
uniquement, en arrivant à Madrid, qu'à madame _de Coulanges_; et, dans
cette lettre, elle nous fait des complimens à toutes nous autre vieilles
amies. Madame _de Schomberg_, mademoiselle _de Lestrange_, madame _de la
Fayette_, tout est en un paquet. Madame _de Villars_ dit qu'_il n'y a
qu'à être en Espagne pour n'avoir plus d'envie d'y bâtir des
châteaux_[6]. Vous voyez bien qu'elle ne pouvoit mieux adresser sa
lettre, puisqu'elle vouloit mander cette gentillesse[7]».
Madame _de Villars_ mourut le 24 juin 1706, âgée de 82 ans.
Ses Lettres étoient entre les mains de M. le chevalier _de Perrin_,
éditeur de celles de madame _de Sévigné_, qui se disposoit à les faire
imprimer, lorsqu'il mourut en 1754. Elles l'ont été depuis sur le
manuscrit que l'on a trouvé dans ses papiers.