Cependant, elle se fâcha une fois, quand il lui demanda: «Eh bien,
Madeleine, n'est-ce pas assez, maintenant? Jacques n'est-il pas en
pénitence depuis assez longtemps?» Son visage, paraît-il, devint dur,
et, d'une voix sèche, ma femme répliqua: «Vous m'aviez laissé espérer
que jamais le nom de cet homme ne serait prononcé devant moi. Si je
pensais que le fait dût se produire à nouveau, je préférerais me
retirer.»
J'avais peine à croire que Madeleine eût ainsi parlé à son père.
--Si, me dit-il, elle l'a fait.
--Je ne la reconnais plus dans ces mots-là.
--Ni moi. J'ai une autre fille.
--Peut-être je n'ai plus de femme...
--Vraiment, mon ami, je commence à le craindre.
Nous parlions ainsi, à mi-voix, comme dans une chambre mortuaire. Le
père de Madeleine était aussi triste que moi.
--Je ne peux rien, dit-il, je ne pourrai rien; je le sens: il y a
quelque chose de cassé.
Je répondis:
--C'est bien vrai, qu'elle est morte...
Il hochait la tête. Nous nous tûmes alors, tous les deux; le silence
était pénible; à la fin, mon beau-père reprit:
--Voyez-vous, cher ami, je crois comprendre. Ce sexe-là n'est pas fait
comme le nôtre. Il a des métamorphoses profondes: vous avez connu la
jeune fille, et, maintenant, la femme est sortie de la chrysalide.
Assis face à face, nous étions gênés l'un et l'autre. Il partit enfin,
et resta six mois sans reparaître.
Un jour, il arriva chez moi.
--Je dois venir, mon cher ami, si pénible que ce soit, vous apprendre...
--Quoi?...
Il m'apprit que Madeleine était enceinte.