Nous laissions, dans notre dernier bulletin des opérations, les troupes
allemandes en pleine retraite, à la suite de la bataille de la Marne.
Dans les premiers jours de la semaine dernière, sous la pression
énergique des armées alliées, ce mouvement de recul s'est poursuivi très
rapidement. Les Allemands s'arrêtaient pour faire tête sur une ligne
limitée par la rive droite de l'Aisne et les hauteurs entourant Reims,
au Nord. Ce mouvement de repli de l'aile gauche entraînait le
fléchissement très net des troisième et quatrième armées, commandées par
le prince de Wurtemberg et le kronprinz. A la date du 15, cette dernière
occupait la ligne Varennes-Consenvoye.
Alors commençait la troisième grande bataille de la campagne. Elle
s'engagea vers Soissons, Craonne, puis s'étendit bientôt sur tout le
front, de l'Oise à la Meuse.
L'ennemi est maintenant sur la défensive, occupant des positions bien
organisées et armées d'artillerie lourde qu'il faut enlever au prix
d'efforts intenses et prolongés. Notre progression en avant ne peut être
que lente et difficile. Mais jusqu'à l'heure où nous écrivons elle a été
constante.
La grosse action se déroule sur l'Aisne et dure, maintenant, depuis plus
de huit jours. Nous conquérons le terrain pied à pied. Nous avons
ainsi, malgré la résistance acharnée de l'ennemi, contraint d'amener des
renforts de Lorraine, occupé tour à tour toutes les hauteurs de la rive
droite de l'Aisne, gagnant vers l'Oise et Noyon, et pris pied sur le
plateau de Craonne.
Dans l'Argonne, le kronprinz accentue son mouvement de retraite. Nous
avons réoccupé Souain, puis Mesnil-les-Hurlus, puis Massiges.
En Woëvre, malgré ses efforts violents, l'ennemi n'a pu s'emparer des
«Hauts de Meuse».
A notre droite, de petites colonnes allemandes ont de nouveau franchi la
frontière et réoccupé Domèvre, près de Blamont.
Mais évidemment le plus haut fait de la semaine est, pour les Prussiens,
le bombardement de la cathédrale de Reims, acte de basse vengeance, de
colère et de haine, «acte allemand», selon l'expression inoubliable d'un
journal anglais.
En Belgique, les Allemands continuent d'être harcelés sans trêve et sont
obligés de demeurer en force.
En Galicie, les Russes poursuivent leurs avantages, traquant les
arrière-gardes autrichiennes et les décimant. Le dernier communiqué de
Pétrograd annonce que les ouvrages de Jaroslaw ont été enlevés et que
Przemysl, sur le San, est en train d'être investi. Cracovie est ainsi
menacée.
Dans la Prusse orientale, les forces russes se replient en bon ordre
pour se reformer.
Enfin, on signale une importante victoire des Serbes près de Kroupagné,
sur la Drina, après une bataille de plusieurs jours.
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