Notre-Dame, au cours de sa longue histoire, a vu des cortèges
étincelants, des fêtes somptueuses, des cérémonies magnifiques. Jamais
elle n'avait vu le spectacle dont nous avons été témoin le dimanche 13
septembre: 40.000 Parisiens se pressant, les uns dans la vieille
basilique, les autres sur la place et dans les rues voisines, unis dans
une commune pensée de foi patriotique et religieuse.
La cérémonie était annoncée pour 3 heures.
Dès 1 h. 1/2, la cathédrale était remplie: les cinq nefs, les chapelles
latérales, les galeries supérieures. Il fallut fermer les grilles.
Et la foule arrivait toujours de tous les coins de Paris. Elle se
répandait autour de la cathédrale, rue du Cloître-Notre-Dame, quai de
l'Archevêché, rue d'Arcole, Pont-au-Double, et remplissait la grande
place du Parvis jusqu'à la préfecture de police. Comprenant qu'elle ne
pourra entrer à Notre-Dame, elle se résigne et chante des cantiques et
le _Credo_.
Pendant ce temps, le cardinal Amette est monté en chaire. Prière et
sacrifice: ces deux mots résument l'allocution de l'archevêque de
Paris. Il faut prier pour obtenir le secours de Dieu et il faut prendre
sa part des souffrances communes. Par cette solidarité de souffrances et
de sacrifices acceptés avec résignation, nous obtiendrons l'appui du
Très-Haut.
La procession se forme ensuite. Comme aux grands jours de notre
histoire, les reliques et les châsses des saints et saintes que
possèdent les églises de Paris ont été portées à la cathédrale: la
châsse de sainte Geneviève qui protégea les Parisiens contre Attila;
celle de saint Remi qui baptisa Clovis; celle de saint Louis, le roi
justicier; celle de saint Denys... Et ces châsses défilent sous les
voûtes séculaires de Notre-Dame, suivies de la statue de la Bienheureuse
Jeanne d'Arc.
Quand la procession arrive sous le grand orgue, les trois portes de la
façade sont ouvertes et elle sort entre les grilles extérieures et la
basilique. Une tribune improvisée a été placée devant la grande porte du
milieu. Le cardinal Amette y monte, revêtu du grand manteau pourpre,
mitre d'or en tête et crosse à la main, une immense acclamation: «Vive
le cardinal!» A perte de vue, les chapeaux s'agitent, les bras se
tendent. «Mes chers amis, ma voix ne pourra être entendue jusqu'à vos
derniers rangs, mais mon coeur va vers vous tous. Ce spectacle
extraordinaire me rappelle celui qui se déroulait devant mes yeux la
semaine passée, quand, devant la multitude amassée sur la place
Saint-Pierre, à Rome, était proclamée l'élection du nouveau pape. La
même foi se lit dans vos yeux, la même confiance se peint sur vos
visages. Je vais vous donner la bénédiction pontificale; qu'elle vous
garde fidèles à Dieu et à la patrie, qu'elle garde aussi sains et saufs
ceux que vous aimez, et qui luttent sur le champ de bataille pour
défendre nos autels et nos foyers.»
Des mères, des femmes, des soeurs des combattants dévorent leurs larmes
et répètent avec ferveur les invocations aux saints (que nous venons de
nommer) récitées par M. le chanoine Delaage, archiprêtre de la
cathédrale. Avant de descendre pour continuer la procession, le cardinal
Amette s'écrie: «Mes chers amis, _courage et confiance_.»