PARIS.

La Fleur, sans y songer plus que moi, m'avoit laissé de quoi m'amuser

tout le jour.

Il m'avoit apporté le beurre sur une feuille de figuier. Il faisoit

chaud, et il avoit demandé une mauvaise feuille de papier pour mettre

entre sa main et la feuille de figuier. Cela tenoit lieu d'une assiette,

et je lui dis de mettre le tout sur la table comme c'étoit. Le congé que

je lui avois donné, m'avoit déterminé à ne point sortir. Je lui dis

d'avertir le traiteur que je dînerois à l'hôtel, et de me laisser

déjeûner.

Lorsque j'eus fini, je jetai la feuille de figuier par la fenêtre. J'en

allois faire autant de la feuille de papier; mais elle étoit imprimée.

J'y jetai les yeux. J'en lus une ligne, puis une autre, puis une

troisième; cela excita ma curiosité. Je fermai la fenêtre, j'en

approchai un fauteuil, et me mis à lire.

C'étoit du vieux françois, qui paroissoit être du temps de Rabelais;

c'étoit peut-être lui qui en étoit l'auteur. Le caractère en étoit

gothique, et si effacé par l'humidité et par l'injure du temps, que

j'eus bien de la peine à le déchiffrer... J'en abandonnai même la

lecture, et j'écrivis une lettre à mon ami Eugène... Mais je repris le

chiffon. Impatienté de nouveau, je t'écrivis aussi, ma chère Eliza, pour

me calmer; mais irrité par la difficulté de débrouiller le maudit

papier, je le repris encore, et cette difficulté que j'éprouvois à le

comprendre n'en faisoit qu'augmenter le désir.

Le dîner vint. Je réveillai mes esprits par une bouteille de vin de

Bourgogne, et je repris ma tâche. Enfin, après deux ou trois heures

d'une application presqu'aussi profonde que jamais Gruter ou Spon en

mirent pour pénétrer le sens d'une inscription absurde, je crus

m'apercevoir que je comprenois ce que je lisois... Mais pour m'en

assurer davantage, je m'imaginai qu'il n'y avoit pas de meilleur moyen

que de le traduire en anglois, pour voir la figure que cela feroit... Je

m'en occupai à loisir comme un homme qui écrit des maximes; tantôt en

faisant quelques tours dans ma chambre, tantôt en me mettant à la

fenêtre; puis je reprenois ma plume. A neuf heures du soir, j'eus enfin

achevé mon travail. Alors je me mis à lire ce qui suit.

Oeuvres complètes, tome 5 · 第 107 / 159 题