Oui, et alors?... O vous! dont les têtes froides et les cœurs tièdes
peuvent vaincre ou masquer les passions par le raisonnement, dites-moi
quelle faute un homme commet à les ressentir? Comment son esprit est-il
responsable envers l'émanateur de tous les esprits, de la conduite qu'il
tient quand il en est agité?
[Illustration]
Si la nature, en tissant sa toile d'amitié, a entrelacé dans toute la
pièce quelques fils d'amour et de désir, faut-il déchirer toute la toile
pour les en arracher? Oh! châtie de pareils stoïciens, grand maître de
la nature! m'écriai-je en moi-même. En quelqu'endroit que tu me places
pour éprouver ma vertu, quel que soit le péril où je me trouve exposé,
quelle que soit ma situation, laisse-moi sentir les mouvemens des
passions qui appartiennent à l'humanité!... Et si je les gouverne comme
je le dois, j'ai toute confiance en ta justice; car c'est toi qui nous a
formés... nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes.
Je n'eus pas sitôt adressé cette courte prière au ciel, que je relevai
la jeune fille. Je la pris par la main et la conduisis hors de la
chambre... Elle se tint près de moi jusqu'à ce que j'eusse fermé la
porte, et que j'en eusse mis la clef dans ma poche... Alors la victoire
étoit décidée... et seulement alors je lui donnai un baiser sur la
joue... Je la pris par la main, et je la conduisis en toute sûreté
jusqu'à la porte de la rue.