CALAIS.

M. Dessein étoit arrivé avec la clef de la remise à la main, il nous

ouvrit les grands battans de son magasin de chaises.

Le premier objet qui me donna dans l'œil, fut une autre guenille de

désobligeante, le vrai portrait de celle qui m'avoit plu une heure

auparavant, mais qui depuis avoit excité en moi une sensation si

désagréable... Il me sembloit qu'il n'y avoit qu'un rustre, un homme

insociable, qui eût pu imaginer une telle machine, et je pensais

à-peu-près de même de celui qui voudroit s'en servir.

J'observai qu'elle causoit autant de répugnance à la dame qu'à moi... M.

Dessein s'en aperçut, et il nous mena vers deux chaises qui devinrent

tout de suite l'objet de ses éloges. Les lords A. et B., dit-il, les

avoient achetées pour faire le grand tour; mais elles n'ont pas été plus

loin que Paris; ainsi, elles sont à tous égards aussi bonnes que

neuves... Je les trouve trop bonnes, M. Dessein; et je passai à une

autre qui étoit derrière, et qui parut me convenir... J'entrai

sur-le-champ en négociation du prix... Cependant, dis-je, en ouvrant la

portière et en montant dedans, il me semble qu'on auroit bien de la

peine à y tenir deux... Ayez la bonté, madame, dit M. Dessein, en lui

offrant son bras, d'y monter aussi... La dame hésita une demi-seconde...

et s'y plaça... et M. Dessein, à qui un domestique faisoit signe qu'il

vouloit lui parler, ferma la portière sur nous et nous laissa.

Oeuvres complètes, tome 5 · 第 29 / 159 题