1 juin 1693.

«Vous m’avez surpris en me mandant l’empressement qu’ont deux des

plus grands princes de la terre pour voir des ouvrages que je n’ai

pas achevés. En vérité, mon cher monsieur, je tremble qu’ils ne se

soient trop aisément laissé prévenir en ma faveur; car, pour vous dire

sincèrement ce qui se passe en moi au sujet de ces derniers ouvrages,

il y a des moments où je crois n’avoir rien fait de mieux; mais il

y en a aussi beaucoup où je ne suis point du tout content et où je

fais résolution de ne les jamais laisser imprimer. Oh! qu’heureux

est M. Charpentier qui, raillé, et mettons quelquefois bafoué sur

les siens, se maintient toujours parfaitement tranquille, et demeure

invinciblement persuadé de l’excellence de son esprit! Il a tantôt

apporté à l’Académie une médaille de très mauvais goût, et avant que de

la laisser lire, il a commencé par en faire l’éloge. Il s’est mis par

avance en colère sur ce qu’on y trouverait à redire, déclarant pourtant

que, quelques critiques qu’on y put faire, il saurait bien ce qu’il

devrait penser là-dessus et qu’il n’en resterait pas moins convaincu

qu’elle était parfaitement bonne. Il a en effet tenu parole; et tout

le monde l’ayant généralement désapprouvé, il a querellé tout le

monde, il a rougi et s’est emporté; mais il s’en est allé satisfait de

lui-même. Je n’ai point, je l’avoue, cette force d’âme; et si des gens

un peu sensés _s’opiniâtraient de dessein formé à blâmer la meilleure

chose que j’aie écrite_, je leur résisterais d’abord avec assez de

chaleur; mais je sens bien que peu de temps après _je conclurais contre

moi, et me dégoûterais de mon ouvrage_.»

Les Rues de Paris, tome deuxième Biographies, portraits, récits et légendes · 第 65 / 122 题