SCÈNE III

La scène change et représente un chemin entre Rome et Antium.

UN ROMAIN ET UN VOLSQUE _se rencontrent_.

LE ROMAIN.--Bien sûr, je vous connais, et je suis connu de vous: votre

nom, ou je me trompe fort, est Adrien.

LE VOLSQUE.--Cela est vrai: d'honneur, je ne vous remets pas.

LE ROMAIN.--Je suis un Romain; mais je sers, comme vous, contre Rome. Me

reconnaissez-vous à présent?

LE VOLSQUE.--N'êtes-vous pas Nicanor?

LE ROMAIN.--Lui-même.

LE VOLSQUE.--Vous aviez une barbe plus épaisse, ce me semble, la

dernière fois que je vous ai vu: mais le son de votre voix me rappelle

vos traits. Quelles nouvelles de Rome? J'étais chargé par le sénat

volsque d'aller vous y chercher: vous m'avez fort heureusement épargné

une journée de chemin.

LE ROMAIN.--Il y a eu à Rome d'étranges insurrections: le peuple soulevé

contre les sénateurs, les patriciens et les nobles.

LE VOLSQUE.--_Il y a eu_, dites-vous? Elles sont donc à leur terme?

Notre sénat ne le croit pas: on presse, les préparatifs de guerre, et

l'on espère fondre sur les Romains au plus chaud de leurs divisions.

LE ROMAIN.--Le plus fort du feu est passé: mais il ne faut qu'une

étincelle pour rallumer l'incendie; car les nobles prennent si à coeur

le bannissement du brave Coriolan, qu'ils sont tous disposés à ôter au

peuple son pouvoir; et à lui enlever ses tribuns pour jamais. Le feu

couve sous la cendre, je puis vous I'assurer, et il est près d'éclater

avec violence.

LE VOLSQUE.--Coriolan banni?

LE ROMAIN.--Oui, il est banni.

LE VOLSQUE.--Avec cette nouvelle, Nicanor, vous êtes sûr d'être bien

reçu.

LE ROMAIN.--L'occasion est bonne pour les Volsques. J'ai entendu dire

que le moment le plus favorable pour séduire une femme, c'est quand elle

est en querelle avec son mari. Votre noble Tullus Aufidius va figurer

avec avantage dans cette guerre, à présent que son grand adversaire

Coriolan n'a plus ni crédit ni emploi dans sa patrie.

LE VOLSQUE.--Il ne peut manquer d'y briller. Je me félicite de cette

rencontre inattendue: grâce à vous, ma commission est remplie, et je

vais vous accompagner avec joie jusqu'à mon logis.

LE ROMAIN.--D'ici au souper, je vous apprendrai bien des nouvelles de

Rome qui vous surprendront, et qui toutes tendent à I'avantage de ses

ennemis. N'avez-vous pas, disiez-vous, une armée prête à marcher?

LE VOLSQUE.--Une armée superbe; les centurions ont déjà reçu leurs

commissions et leur paye; ils ont l'ordre d'être sur pied une heure

après le premier signal.

LE ROMAIN.--Je suis ravi d'apprendre qu'ils sont tout prêts, et je suis

I'homme, je crois, qui va les mettre dans le cas d'agir à l'heure même.

Je m'applaudis de vous avoir rencontré, et votre compagnie me fait grand

plaisir.

LE VOLSQUE.--Vous vous chargez là de mon rôle: c'est moi qui ai le plus

sujet de me réjouir de la vôtre.

LE ROMAIN.--Allons, marchons ensemble.

(Ils sortent.)

Coriolan · 第 33 / 50 题