L'intérieur de la ville.
(Quelques Romains chargés de butin.)
PREMIER ROMAIN.--Je porterai ces dépouilles à Rome. SECOND ROMAIN.--Et
moi, celles-ci. TROISIÈME ROMAIN.--Peste soit de ce vil métal! je
l'avais pris pour de l'argent.
(On entend toujours dans l'éloignement les cris des combattants.
--Marcius et Titus Lartius s'avancent, précédés d'un héraut.)
MARCIUS.--Voyez ces maraudeurs! qui estiment leur temps au prix d'une
mauvaise drachme! coussins, cuillers de plomb, morceaux de fers d'un
liard, pourpoints que des bourreaux enterreraient avec ceux qui les ont
portés; voilà ce que ramassent ces lâches esclaves, avant que le combat
soit fini.--Tombons sur eux.--Mais écoutez, quel fracas autour du
général ennemi?--Volon à lui!--C'est là qu'est l'homme que mon coeur
hait; c'est Aufidius qui massacre nos Romains.
Allons, vaillant Titus, prenez un nombre de soldats suffisant pour
garder la ville, tandis que moi, avec ceux qui ont du coeur, je vole au
secours de Cominius.
LARTIUS.--Digne seigneur, ton sang coule; tu es trop épuisé-par ce
premier exercice pour entreprendre un second combat.
MARCIUS.--Seigneur, ne me louez point, l'ouvrage que j'ai fait ne m'a
pas encore échauffé. Adieu. Ce sang que je perds me soulage, au lieu de
m'affaiblir. C'est dans cet état que je veux paraître devant Aufidius,
et le combattre.
LARTIUS.--Que la belle déesse de la fortune t'accorde son amour; et
que ses charmes puissants détournent l'épée de tes ennemis, vaillant
Marcius; que la prospérité te suive comme un page.
MARCIUS.--Ton ami n'est pas au-dessous de ceux qu'elle a placés au plus
haut rang. Adieu!
LARTIUS.--Intrépide Marcius! Toi, va sonner ta trompette dans la place
publique, et rassemble tous les officiers de la ville: c'est là que je
leur ferai connaître mes intentions. Partez.
(Ils sortent.)