Victime de langues calomnieuses
Héro mourut, et gît ici.
La mort, pour réparer son injure,
Lui donne un renom qui ne mourra jamais.
Celle qui mourut avec honte
Vit, dans la mort, d'une gloire pure.
(Il fixe l'épitaphe.)
Et toi que je suspends sur son tombeau, parle encore à sa louange quand
ma voix sera muette.--Vous, musiciens, commencez et chantez votre hymne
solennel.
(Il chante.)
Pardonne, ô déesse de la nuit,
A ceux qui ont tué ta jeune vierge[56]
C'est pour expier leur erreur, qu'ils viennent avec des hymnes
de douleur,
Autour de sa tombe.
O nuit, seconde nos gémissements!
Aide-nous à soupirer et à gémir,
Profondément! profondément!
Tombeaux, ouvrez-vous, rendez vos morts,
Jusqu'à ce que sa mort soit pleurée,
Tristement, tristement.
[Note 56: _Virgin knight_, chevalière vierge, selon Johnson, signifie
pupille, élève, favorite; selon Steevens, dans les siècles de la
chevalerie, une chevalière vierge était celle qui n'avait pas encore eu
d'_aventures_.]
CLAUDIO.--Maintenant, bonne nuit à tes os! tous les ans je viendrai te
rendre tribut.
DON PÈDRE.--Adieu, messieurs. Éteignez vos flambeaux; les loups ont
dévoré leur proie; et voyez, la douce Aurore, précédant le char du
Soleil, parsème de taches grisâtres l'Orient assoupi. Recevez tous nos
remerciements, et laissez-nous: adieu.
CLAUDIO.--Adieu, mes amis: et que chacun reprenne son chemin.
DON PÈDRE.--Sortons de ces lieux: allons revêtir d'autres habits, et
aussitôt nous nous rendrons chez Léonato.
CLAUDIO.--Que l'hymen qui se prépare ait pour nous une issue plus
heureuse que celui qui vient de nous obliger à ce tribut de douleur!
(Ils sortent tous.)