Appartement dans la maison de Léonato.
LÉONATO ET ANTONIO _paraissent_.
LÉONATO.--Eh bien! mon frère, où est mon neveu votre fils? A-t-il pourvu
à la musique?
ANTONIO.--Il en est très-occupé.--Mais, mon frère, j'ai à vous apprendre
d'étranges nouvelles auxquelles vous n'avez sûrement pas rêvé encore.
LÉONATO.--Sont-elles bonnes?
ANTONIO.--Ce sera suivant l'événement; mais elles ont bonne apparence
et s'annoncent bien. Le prince et le comte Claudio se promenant tout à
l'heure ici dans une allée sombre de mon verger, ont été secrètement
entendus par un de mes gens. Le prince découvrait à Claudio qu'il aimait
ma nièce votre fille; il se proposait de le lui confesser cette nuit
pendant le bal, et s'il la trouvait consentante, il projetait de saisir
l'occasion aux cheveux et de s'en ouvrir à vous, sans tarder.
LÉONATO.--L'homme qui vous a dit ceci a-t-il un peu d'intelligence?
ANTONIO.--C'est un garçon adroit et fin. Je vais l'envoyer chercher.
Vous l'interrogerez vous-même.
LÉONATO.--Non, non. Regardons la chose comme un songe, jusqu'à ce
qu'elle se montre elle-même. Je veux seulement en prévenir ma fille,
afin qu'elle ait une réponse prête, si par hasard ceci se réalisait.
(_Plusieurs personnes traversent le théâtre_.) Allez devant et
avertissez-la.--Cousins, vous savez ce que vous avez à faire.--Mon
ami, je vous demande pardon; venez avec moi, et j'emploierai vos
talents.--Mes chers cousins, aidez-moi dans ce moment d'embarras.
(Tous sortent.)