CHAPITRE XVII.

_1382, 12 novembre._ LE ROI CHARLES VI QUITTE ARRAS POUR ENTRER

EN FLANDRE.--_17-19 novembre._ PASSAGE DE LA LYS.--_21 novembre._

SOUMISSION D’YPRES ET DES VILLES VOISINES.--_27 novembre._ BATAILLE

DE ROOSEBEKE.--_30 novembre._ SOUMISSION DE BRUGES.--_1er décembre._

ENTRÉE DU ROI A COURTRAI.--_18 décembre._ LE ROI SE REND A TOURNAI,

OÙ IL SÉJOURNE JUSQU’AU 28 (§§ 313 à 351).

Depuis quelque temps déjà le roi Charles VI est à Arras, désireux de

faire campagne contre les Flamands et de les châtier. Il y reste huit

jours[1], puis se rend à Lens. Le 3 novembre il est à Seclin[2], où

les chefs de l’armée tiennent conseil pour savoir comment on pourra

entrer en Flandre, malgré le mauvais temps, malgré les garnisons

préposées à la défense des gués. Les opinions sont partagées: les uns,

comme le connétable Olivier de Clisson, sont d’avis de marcher droit

devant eux et de passer la Lys à Comines et à Warnéton, ou un peu plus

en amont, à Estaires et à Saint-Venant; les autres, comme le sire de

Couci, craignant de s’aventurer dans des pays peu sûrs, préféreraient

se diriger sur Tournai, et, après avoir traversé l’Escaut, aller sur

Audenarde pour y rencontrer Philippe d’Artevelde. Le premier avis est

finalement adopté; il faut, en effet, agir vite avant que les secours

que les Flamands sont allés demander aux Anglais aient pu arriver[3].

P. 1 à 5, 317 à 319.

[1] Le roi, qui était à Arras depuis le commencement de novembre,

n’en partit que le 12 (Petit, _Séjours de Charles VI_, p. 15).

[2] C’est le 15 que Charles VI passa par Lens, et le 17 qu’il

séjourna à Seclin, où il avait dû arriver le 16 (_Ibid._, p. 15). Le

_Religieux de Saint-Denis_ ne fixe qu’une date approximative: _post

festum omnium sanctorum_.

[3] Quelque grande qu’ait pu être l’insistance des ambassadeurs

gantois qui avaient quitté Londres vers la fin d’octobre, ce ne

fut guère qu’après Roosebeke que commencèrent les préparatifs de

l’expédition dirigée contre la France, à laquelle le roi d’Angleterre

devait primitivement prendre part en personne (_Rec. Off._, _Early

Chanc. Rolls 327_, m. 15). A la date du 13 décembre, des lettres

de protection sont données aux futurs compagnons de l’évêque de

Norwich (_Ibid._, _French Rolls 327_, m. 16, 17 et 18), et Thomas

Seyvill et John Orewell sont chargés de retenir, en Devonshire et

en Cornouailles, des bateaux pour le transport des troupes; ils

doivent aussi empêcher les bateaux flamands stationnant dans les

ports anglais de s’éloigner sans permission spéciale (_Ibid._, _Issue

Rolls 306_, m. 8, et _Queen’s Rem. 39/27_); des armes sont achetées

en grand nombre et emmagasinées à la Tour de Londres (_Ibid._, _Lord

Treas. Rem., For. Acc._, nº 2).

Les dispositions sont prises pour la marche en avant. Josse d’Halewin

et le seigneur de Rambures[4] iront en tête, avec 1,760 hommes de

pied, chargés de préparer le chemin. L’avant-garde, commandée par

les maréchaux de France, de Flandre et de Bourgogne, comptera 1,200

hommes d’armes et 700 arbalétriers, sans parler des 4,000 hommes de

pied fournis par le comte de Flandre, qui viendra ensuite avec 16,000

hommes, tant chevaliers qu’écuyers et gens de pied. Le roi sera

accompagné de ses trois oncles, les ducs de Berri, de Bourgogne et de

Bourbon, du comte de la Marche, de Jacques de Bourbon, son frère, du

comte de Clermont, dauphin d’Auvergne, du comte de Dammartin, du comte

de Sancerre, de Jean, comte d’Auvergne et de Boulogne, et de 6,000

hommes d’armes et 2,000 arbalétriers[5]. L’arrière-garde, forte de

2,000 hommes d’armes et de 200 arbalétriers, sera conduite par Jean

d’Artois, comte d’Eu, par Gui, comte de Blois, par Waleran, comte de

Saint-Pol, par Jean[6], comte d’Harcourt, par Hugues de Châtillon et le

seigneur de Fère[7]. L’oriflamme sera portée par Pierre de Villiers[8],

escorté de quatre chevaliers, Robert le Baveux[9], Gui de Saucourt,

Maurice de Tréséguidi et Baudrain de la Heuse[10]; les deux bannières

seront gardées par le Borgne de Ruet et le Borgne de Montdoucet[11]. Le

comte d’Albret, le sire de Couci et Hugues de Châlon[12] sont chargés

du service d’état-major; les maréchaux des logis du roi sont Guillaume

de Masmines et le seigneur de Campremi. La garde du roi est confiée à

huit vaillants chevaliers[13], qui ne doivent pas le quitter: Raoul

de Raineval, le Bègue de Villaines, Aimenion de Pommiers, Enguerran

d’Eudin, Jean la Personne, vicomte d’Aci, Gui le Baveux, Nicolas

Painel et Guillaume des Bordes. Enfin Olivier de Clisson, connétable

de France, l’amiral Jean de Vienne et Guillaume de Poitiers, bâtard de

Langres, doivent recueillir tous les renseignements sur la situation de

l’armée ennemie.

[4] André, seigneur de Rambures, chevalier, figure, en 1380 et 1381,

sous les ordres du seigneur de Sempi. De juillet 1381 à mars 1382, il

séjourne à la frontière de Flandre. En 1387, nommé capitaine de tout

le pays de West-Flandre, il est chargé de la défense de Gravelines,

où nous le retrouvons encore en janvier 1389. En janvier 1395, il

n’est plus que capitaine de Gravelines (_Bibl. nat._, _Pièces orig._

vol. 2429).

[5] L’estimation totale de l’armée royale varie suivant les

chroniqueurs. D’accord avec Pierre Cochon (_Chron. norm._, p. 171),

le _Religieux de Saint-Denis_ l’évalue (t. I, p. 188) à 10,000 hommes

d’armes, sans compter les arbalétriers, les gens de pied, les troupes

légères et les valets d’armée. Une rédaction des _Istore et croniques

de Flandres_ (t. II, p. 262-263) attribue à l’avant-garde 2,000

lances, 500 arbalétriers, 400 archers et 600 valets; à la bataille du

roi 3,000 chevaliers et écuyers, 200 arbalétriers et 600 archers; à

l’arrière-garde, 1,500 lances et 600 valets.

[6] C’est à tort que Froissart donne à ce personnage le nom de

_Guillaume_; il s’agit de Jean VI, fils de Jean V, comte d’Harcourt,

et de Blanche de Ponthieu.

[7] Le seigneur de Fère-en-Tardenois était Gaucher de Châtillon, que

nous retrouvons à Roosebeke et qui, en 1394, vendit à Louis d’Orléans

sa seigneurie de Fère (P. Anselme, t. VI, p. 125-126).

[8] De retour de la campagne, l’oriflamme fut déposée solennellement

sur l’autel dans l’église de Saint-Denis, en vertu d’un vœu fait au

moment de livrer bataille (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 232).

[9] Le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 220) parle d’un _Renaud_

le Baveux, chevalier originaire de la Beauce, mortellement blessé à

Roosebeke.

[10] Chevalier au service du dauphin de Viennois dès 1355, Jean, dit

le Baudrain de la Heuse, assiste, comme maréchal de Mgr le duc de

Normandie, au siège de Pont-Audemer au commencement de l’année 1357

(_Bibl. nat._, _Pièces orig._ vol. 1522). Nommé amiral de France, il

fait partie d’une expédition qui tente de délivrer le roi Jean en

1360 (_Chronographia regum Francorum_, t. II, p. 291), et, à la fin

de l’année, il s’occupe, conjointement avec Jean le Mercier, à faire

évacuer les forteresses occupées par les Anglais (Moranvillé, _Ét.

sur Jean le Mercier_, p. 9 et 202). En 1364, il assiste à la bataille

de Cocherel (_Chronographia_, t. II, p. 307), et en 1365 nous le

retrouvons mêlé aux négociations nécessitées par la délivrance du

roi Jean. Devenu chambellan du roi, capitaine du château de Touques

(1371-1388), il prend part, en 1383, à la chevauchée de Flandre

(_Bibl. nat._, _Pièces orig._ vol. 1522).

[11] Le Borgne de Montdoucet, écuyer d’écurie, qui, durant la

chevauchée de Flandre, a porté la bannière du roi, reçoit, à la

date du 25 octobre 1383, la somme de 200 francs d’or (_Bibl. nat._,

_Pièces orig._ vol. 2012).

[12] Hugues de Châlon, «feal cousin» du roi, fut envoyé, en juillet

1384, avec les ducs de Berri et de Bourgogne, assister au traité «de

Boulogne» (_Bibl. nat._, _Pièces orig._ 650). Il est à remarquer

que le duc de Bourgogne ne figure pas parmi les plénipotentiaires

français donnés par Rymer. Voy. plus loin, p. XXXVII, note 171.

[13] Lopez de Ayala (_Cronicas_, t. II (1780), p. 164-165) ajoute

trois autres noms à cette liste, dont il fait lui-même partie en

qualité de «camerero» du roi.

Ces dispositions prises, on décide que le lendemain[14] le roi quittera

Seclin, passera par Lille[15] sans s’y arrêter et ira gîter à l’abbaye

de Marquette[16], tandis que l’avant-garde avancera plus loin. P. 5 à

8, 319.

[14] Lundi 17 novembre 1382.

[15] Les _Séjours de Charles VI_ (p. 15) donnent comme dates d’arrêt

à Lille les 18 et 19 novembre.

[16] Abbaye cistercienne, située près de Lille. Marquette est

aujourd’hui un village appartenant au canton ouest de Lille.

Le lendemain donc, l’avant-garde se dirige sur Comines, suivant les

chemins tracés par Josse d’Halewin et le seigneur de Rambures. Mais le

pont détruit est défendu par Pierre du Bois et ses troupes[17], les

gués manquent, impossible de passer; impossible aussi d’aller chercher

à Lille des bateaux par la Deule[18], car la rivière, semée de pieux,

n’est plus navigable. Le connétable et les maréchaux de France et de

Bourgogne ne savent à quel parti se résoudre. P. 8 à 10, 320.

[17] Les Flamands qui défendaient le pont étaient nombreux:

8,000 d’après la _Chronographia_ (t. III, p. 41), 9,000 d’après

le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 198), 6,000 d’après une

rédaction des _Istore et croniques de Flandres_ (t. II, p. 263); ce

texte ajoute qu’il y avait aussi des canons et des _ribaudequins_.

Quant à Pierre du Bois, il semble bien qu’il ne se trouvait pas tout

d’abord préposé à la garde du pont; il ne vint que le lendemain avec

ses renforts pour s’opposer à la marche des Français sur Comines

(_Ist. et cr._, t. II, p. 263).

[18] Il s’agit ici de cette rivière qui passe à Lille et se jette

dans la Lys à Deulemont, et non à Menin, comme semblerait le faire

supposer le passage de Froissart. Le confluent est donc en amont et

non en aval de Comines.

Ceux d’entre les chevaliers qui connaissent le pays n’ont pas de ces

hésitations; c’est ainsi que plusieurs seigneurs, le seigneur de Sempi,

puis Herbaut de Belleperche, Jean de Roie, Hervé de Mauni[19], Jean

de Malestroit et Jean Chauderon, en venant de Lille à Comines, se

sont procuré de petits bateaux et les ont transportés avec eux sur des

chariots; ils s’en servent pour passer en cachette la Lys au-dessous

de Comines, malgré les conseils de prudence que leur donne le maréchal

Louis de Sancerre. Après eux, c’est le tour de Louis d’Enghien, comte

de Conversano[20], d’Eustache et de Fierabras de Vertaing et d’autres

encore. P. 10 à 13, 320 à 322.

[19] Hervé (et non _Henri_) de Mauni, chevalier, seigneur de Torigni,

assiste au siège de Gavrai (1378) et figure à Carentan dans une revue

(1er juin 1381). Il est capitaine ordonné au pays de Basse-Normandie

en août 1383 (_Bibl. nat._, _Clair._ vol. 72, nº 5621); il y est

encore le 4 octobre 1387, et porte, dans une quittance du 12 mai

1403, le titre de chambellan du roi et de Mgr le duc d’Orléans

(_Bibl. nat._, _Pièces orig._ vol. 1896).

[20] Nous retrouvons plus tard en Italie Louis d’Enghien, venu au

secours du duc d’Anjou après la campagne de Flandre (_Chronographia_,

t. III, p. 69).

Cent cinquante chevaliers passent ainsi, parmi eux le seigneur de

Rieux. Le connétable, craignant alors que les Flamands du pont de

Comines ne s’aperçoivent de quelque chose, donne l’ordre de les occuper

par une attaque d’arbalétriers[21], qui protège ainsi le passage de ses

troupes. P. 13, 14, 322.

[21] Il y eut au pont de Comines, d’après d’autres chroniqueurs,

non pas seulement une escarmouche, mais une vraie bataille entre

les défenseurs du pont et les premiers chevaliers qui passèrent la

rivière. Les Flamands perdirent même à cette attaque 3,000 des leurs;

c’est pour venger cet échec que le lendemain Pierre du Bois vint avec

des troupes fraîches qui, une seconde fois, durent céder devant les

Français (_Ist. et cr._, t. II, p. 212 et 250).

Le lundi soir[22], quatre cents hommes d’armes, la fleur de la

noblesse, ont passé la rivière. Louis de Sancerre se joint à eux,

ainsi que le seigneur de Hangest et Perceval d’Esneval; il se met à

leur tête, et la petite troupe, à travers les marais, s’achemine vers

Comines, où elle compte entrer le soir même.

[22] Froissart donne à cette nuit la date du 27 novembre; il

s’agit du lundi 17.

Pierre du Bois les aperçoit de loin, mais les laisse approcher,

attendant pour agir que la nuit soit tout à fait noire. P. 14 à 16,

322, 323.

Le connétable, resté de l’autre côté de la rivière, se rend compte du

danger qui menace ses gens, guettés par une armée qu’il estime à dix

ou douze mille hommes. Il ordonne alors de refaire le pont et permet à

tout chevalier et écuyer de passer la rivière à ses risques et périls.

P. 16 à 18, 323.

La nuit est venue; forcés de s’arrêter, les Français attendent le

jour, les pieds dans la bourbe des marais, tremblants de froid,

manquant de vivres, mais résolus au combat qui se prépare. P. 18, 19,

323, 324.

Pierre du Bois, d’autre part, prend ses mesures pour livrer bataille;

il espère bien, avec ses six ou sept mille hommes, venir facilement à

bout de la petite troupe française fatiguée par le froid et la pluie.

Les Français ne se découragent pas; commandés par le seigneur de Sempi,

qui a fait le guet toute la nuit, ils marchent dès l’aube contre les

Flamands qui croient les surprendre. P. 19 à 21, 324, 325.

La lance en avant, poussant chacun leur cri, chevaliers et écuyers

français bousculent bientôt la troupe ennemie qui ne peut soutenir le

choc; Pierre du Bois est blessé dans la mêlée[23]. P. 21 à 23, 325, 326.

[23] Les chroniqueurs parlent d’une _sorcière_ qui accompagnait

Pierre du Bois et portait son étendard; elle fut tuée dans ce combat

(_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 200; _Ist. et cr._, t. II, p.

263); son nom est différent suivant les textes (cf. Kervyn, t. X, p.

472).

Chassés du pont et du chemin menant à la ville, les Flamands essayent

d’abord de lutter en incendiant tout sur leur passage; mais ils se

débandent bientôt. Les uns se réfugient soit à Ypres, soit à Courtrai,

où ils mettent en sûreté leurs femmes et leurs biens; les autres

retournent à Comines pour continuer la lutte. Pendant ce temps, le

connétable fait réparer le pont et toute l’avant-garde traverse la Lys.

Les renforts envoyés par le comte de Flandre arrivent quand tout est

fini.

Le connétable ordonne aussi de refaire le pont de Warnéton par où

passeront les chariots. P. 23 à 25, 326, 327.

Dès le mardi matin (18 novembre), le roi apprend à l’abbaye de

Marquette que la Lys est franchie. Reste à rendre tout à fait sûr le

chemin de Comines. L’avant-garde installée dans la ville en chasse les

Flamands, dont plus de 4,000 sont tués; les Bretons, sous les ordres

des seigneurs de Rieux, de Laval et autres, balaient le pays et vont

jusqu’à Wervicq[24] qu’ils brûlent et pillent. Partout aux alentours

les villes sont pillées, et les routiers bretons[25], normands et

bourguignons font un riche butin. P. 25, 26, 327, 328.

[24] Ville située sur la Lys, dont la partie nord appartient à la

Belgique (Flandre occidentale, arr. d’Ypres), et la partie sud à la

France (Nord, arr. de Lille).--C’est le 21 novembre qu’eut lieu le

pillage de cette ville (_Ist. et cr._, t. II, p. 264).

[25] Les «prosecutions» des Bretons surtout furent pénibles pour

les Flamands (_Ist. et cr._, t. II, p. 250). Eustache Deschamps

fait allusion aux ravages de ces routiers et n’épargne pas non plus

les Bourguignons (_Œuvres complètes_, p. p. la _Société des anciens

textes français_, t. I, p. 217-218).

A la même date (18 novembre), Philippe d’Artevelde a connaissance

à Audenarde de tout ce qui s’est passé. Il consulte le seigneur

d’Herzeele, qui lui conseille d’aller à Gand chercher du secours et de

se fortifier à Courtrai, en attendant les renforts promis par le roi

d’Angleterre. Le roi de France dispose de 20,000 hommes, c’est-à-dire

de 60,000 combattants; il sera facile d’en mettre autant sur pied.

Avant son départ, Philippe reçoit le héraut d’armes d’Angleterre,

Chandos, qui lui annonce le retour prochain de ses ambassadeurs[26],

accompagnés de Guillaume de Faringdon; ils sont porteurs du traité

d’alliance à signer. Toutes ces lenteurs préoccupent fort Philippe, qui

se dirige sur Gand. P. 26 à 28, 328.

[26] Le roi d’Angleterre avait cherché à se faire bienvenir de ces

ambassadeurs par de très beaux présents; à la date du 14 février

1383, il payait encore une somme de 60 livres 15 sh. à Nicolas

Twiford, orfèvre, pour prix de vases dorés offerts aux envoyés

gantois (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 199, m. 13 et 306, m. 14; cf.

aussi précédemment t. X, p. LXXIII, n. 3), qui demandaient en échange

de leur alliance que l’estaple des laines fût transférée de Calais en

Flandre.

Le roi cependant quitte l’abbaye de Marquette et arrive le mardi à

Comines avec ses oncles[27]. Le lendemain il gîte sur la hauteur,

devant Ypres, pendant que les convois de l’armée et l’arrière-garde,

forte de deux mille hommes et de deux cents arbalétriers, passent la

Lys et s’établissent à Comines, sous la direction des comtes d’Eu, de

Blois, de Saint-Pol et d’autres. Durant la nuit, tenus perpétuellement

en alerte, ces seigneurs doivent, malgré leur fatigue, rester armés,

les pieds dans la boue, prêts à tout événement. P. 28 à 30, 329.

[27] C’est le jeudi 20 novembre 1382 que Charles VI traverse

la Lys (_Ist. et cr._, t. II, p. 263; _Séjours de Charles VI_, p. 15)

et non le mardi 18 novembre, comme le dit Froissart.

Le lendemain matin l’arrière-garde rejoint près d’Ypres le gros de

l’armée, et l’on délibère si l’on attaquera Courtrai, Ypres ou Bruges.

Craignant d’être assiégés, les habitants d’Ypres se révoltent contre

Pierre Wanselaere[28], capitaine de la ville établi par Philippe

d’Artevelde, le mettent à mort, et font leur soumission au roi

moyennant quarante mille francs[29]. P. 30 à 32, 329, 330.

[28] Ce personnage est seulement désigné dans les chroniques comme le

«capitaine ordonné par les gens de Gand» (_Ist. et cr._, t. II, p.

179).

[29] La soumission d’Ypres n’eut pas lieu sans coup férir, mais à la

suite d’un échec que subirent les habitants du fait d’une avant-garde

envoyée à la recherche de vivres (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p.

202). Le 22 novembre, la ville ouvrit ses portes après avoir arboré

la bannière fleurdelysée; elle s’engageait à reconnaître le roi pour

son seigneur et à se ranger du parti du pape Clément (_Ist. et cr._,

t. II, p. 264-266).

Le roi est devant Ypres, quand il apprend la rébellion des

Parisiens[30], qui, au nombre de vingt ou trente mille, armés de

maillets et couverts d’armures, attendent l’issue de la campagne de

Flandre pour aller détruire les châteaux royaux de Beauté et du Louvre,

ainsi que tous ceux des environs de Paris. Nicolas le Flamand[31] est

un des chefs de ce mouvement populaire, qui ne tend à rien moins qu’à

anéantir toute la noblesse et qui déjà a gagné la province: à Reims, à

Châlons, à Orléans[32], à Rouen[33], à Blois, les vilains menacent les

seigneurs et les dames; c’est une nouvelle Jacquerie qui se prépare. P.

32, 33, 330.

[30] L’émeute parisienne fut une des conséquences du soulèvement

de Rouen (voy. plus bas, note 33); «quant cheus de Paris ourent

nouvelles que cheulz de Rouen s’estoient revellés, il en ourent

grant joye pour ce qu’il avoient commenchié» (_Chr. norm. de Pierre

Cochon_, p. 169).

[31] Nicolas le Flamand, marchand drapier, était fournisseur du roi

et du duc de Bourgogne (Moranvillé, _Ét. sur Jean le Mercier_, p. 88,

note 1); déjà compromis comme partisan d’Étienne Marcel, il avait

obtenu des lettres de rémission.

[32] Une lettre de rémission du 28 septembre 1384 est accordée à un

homme qui, à Orléans, a pris part à une rébellion «pour contredire

les aides ordenées pour le fait de noz guerres» (_Arch. nat._, JJ

125, fol. 114).

[33] C’est en juin 1382, d’après la _Chronique de Pierre Cochon_

(p. 168), le 1er août, d’après la _Chronique des Quatre Valois_ (p.

304), qu’une nouvelle émeute, succédant à celle qui avait pris fin en

avril, s’éleva à Rouen à propos des impôts sur les draps et sur les

boissons. Elle s’apaisa bientôt grâce à l’intervention du maréchal de

Blainville et de Guillaume de Bellengues, capitaine de la ville et

chambellan du roi.

Les habitants de Cassel[34], de Bergues, de Bourbourg, de Gravelines,

de Furnes, de Dunkerque, de Poperinghe[35], de Thourout, de Bailleul

et de Messines[36], apprenant la soumission d’Ypres, imitent bientôt

cet exemple et se rendent à merci, moyennant soixante mille francs

et la vie sauve, sans garantie pour les propriétés rurales. Les

capitaines, aux ordres de Philippe d’Artevelde, sont livrés et mis à

mort, sans que le comte de Flandre ait en rien connaissance de tout

cela. P. 33 à 35, 330, 331.

[34] C’est le 22 novembre que Cassel se rend (_Ist. et cr._, t. II,

p. 264).

[35] Poperinghe fut pillée le 22 par les gens du duc de Bourbon, qui

tuèrent plus de 4,000 ennemis et emportèrent un grand butin (Cabaret

d’Orville, _Chron. du bon duc Loys de Bourbon_, p. 170).

[36] Messines fut pillée le 21 novembre (_Ist. et cr._, t. II, p.

264).

Le roi reste sur la hauteur d’Ypres quelques jours encore, pendant

lesquels le butin est vendu sur place ou envoyé au loin; puis il entre

dans la ville avec sa suite et s’y repose quatre ou cinq jours[37].

[37] D’après une famille de mss., le roi n’entra pas dans

Ypres, et se contenta de camper en face de la ville.

Les gens de Bruges, qui ont 7,000 des leurs avec Philippe à Audenarde,

ne savent trop que faire; finalement, craignant pour leurs otages que

Philippe détient à Gand et poussés à la résistance par Pierre du Bois

et Pierre de Wintere, qui leur promettent le succès, ils refusent de

traiter avec le roi. P. 35, 36, 331.

Pendant ce temps, Philippe apprend que ses ambassadeurs ainsi que

Guillaume de Faringdon sont arrivés à Calais, où ils sont arrêtés, ne

pouvant traverser, pour venir jusqu’à lui, des pays devenus français.

Il n’en est pas moins décidé à combattre. Il se rend à Gand pour faire

l’appel des réserves; en y joignant les contingents de Bruges, du

Damme, d’Ardembourg, de l’Écluse, des Quatre-Métiers, de Grammont, de

Termonde et d’Alost, il se trouve à la tête d’une armée de près de

50,000 hommes, avec laquelle il se rend à Courtrai[38]. P. 36 à 38,

331, 332.

[38] Les comptes de la ville de Gand nous apprennent que Philippe

d’Artevelde était depuis le 25 octobre à Edelaere, où il était encore

le 19 novembre; le 22, il était à Courtrai (_De Rekeningen der Stad

Gent_, p. 334-335). C’est donc à tort qu’un peu plus loin Froissart

se demande pourquoi Philippe ne reste pas à Audenarde.

A ces nouvelles, l’avant-garde française, le connétable et les

maréchaux quittent Ypres pour venir camper plus loin entre Roulers et

Roosebeke. Le lendemain, le roi et tout le reste de l’armée y viennent

aussi, désireux d’en finir au plus vite. Il pleut et fait froid.

Pourquoi Philippe ne reste-t-il pas à Audenarde? Le mauvais temps

serait son meilleur auxiliaire. P. 38, 39, 332.

Le mercredi soir (26 novembre), veille de la bataille, Philippe fait

prendre position à son armée entre le Mont-d’Or et Roosebeke, en un

lieu protégé d’une part par un fossé et de l’autre par des haies et

un petit bois; puis il rassemble ses capitaines, les harangue et leur

donne l’ordre, pour le combat du lendemain, de n’épargner personne,

sauf le roi qu’il veut faire prisonnier[39]. P. 39 à 41, 332, 333.

[39] Cette recommandation se retrouve aussi dans le _Religieux

de Saint-Denis_ (t. I, p. 206).

La nuit se passe en alertes continuelles. P. 41, 42, 333, 334.

Le jeudi matin, de bonne heure, Philippe fait prendre le repas à ses

hommes, leur ordonne de s’armer et d’aller occuper leur poste de

combat. Plus de 50,000 hommes d’élite, soutenus par soixante archers

anglais, composent son armée[40]. Il garde auprès de lui les 9,000

hommes fournis par Gand: tout autour se placent les autres contingents,

armés de maillets et de bâtons ferrés, recouverts de cottes aux

couleurs de leur ville et portant les bannières de leurs métiers. P. 42

à 44, 334, 335.

[40] Les chiffres donnés par les différents chroniqueurs varient:

60,000 hommes dans la _Chronographia_ (t. III, p. 43); 50,000 à

60,000 dans le _Petit Thalamus_ (p. 406); 40,000 dans la _Chronique

de Pierre Cochon_ (p. 171), dans la _Chronique du bon duc Loys de

Bourbon_ (p. 170), dans Eustache Deschamps (t. III, p. 69) et dans

une rédaction d’une Chronique de Flandre (_Ist. et cr._, t. II, p.

267); 30,000 dans une autre version (_Ibid._ t. II, p. 180), «gens de

commugnes et mal ordonnées.»

Du côté des Français on se prépare aussi à combattre. Dès le mercredi

soir, toute l’armée est réunie à Roosebeke[41], et le roi traite les

chefs et les seigneurs étrangers venus à son service. Après souper, sur

le conseil de ses oncles, il propose à Olivier de Clisson de rester

le lendemain auprès de lui pendant la bataille et de confier pour ce

jour-là sa charge de connétable au sire de Couci. Olivier refuse de

déserter son commandement d’avant-garde. P. 44 à 47, 335, 336.

[41] Le duc de Berri était arrivé le 25 (_Ist. et cr._, t. II,

p. 266). La présence à l’armée de Louis, frère du roi, alors

comte de Valois, n’est mentionnée que par le _Religieux de

Saint-Denis_. Ce prince avait été renvoyé en Picardie, soit à Péronne

(_Chronographia_, t. III, p. 44, note 1), soit à Mondidier (_Ist. et

cr._, t. II, p. 210-211). Voy. Jarry, _la Vie politique de Louis de

France, duc d’Orléans_, p. 20-21.

Le jeudi matin, par une bruine épaisse et pénétrante, on prend les

armes; le roi entend la messe. Le connétable part en éclaireur avec

Jean de Vienne et Guillaume de Poitiers[42]. Ils constatent que les

Flamands, fatigués d’attendre l’attaque jusqu’à huit heures du matin,

ont quitté leurs positions et marchent sur le Mont-d’Or, où ils

comptent s’appuyer. Mais la vue des éclaireurs leur fait modifier leur

plan: ils s’arrêtent et se forment en bataille; Philippe donne ses

derniers ordres aux bombardiers et aux arbalétriers. P. 48 à 50, 337,

338.

[42] Le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 210) parle de 12

éclaireurs français connaissant le flamand, commandés par Guillaume de

Langres.

Il dispose son armée pour le combat, sans oublier les quarante archers

anglais qui ont toute sa confiance. P. 50, 51, 337.

D’après les renseignements donnés par les trois éclaireurs, l’armée

française[43] prend ses dispositions de combat, et l’on crée en ce jour

467 nouveaux chevaliers[44].

[43] L’armée française était forte de 12,000 hommes (_Relig. de

Saint-Denis_, t. I, p. 210); de 10,000 gens d’armes d’après la

_Chronique de Pierre Cochon_ (p. 171).

[44] Une rédaction des _Chroniques de Flandre_ (_Ist. et cr._, t.

II, p. 180-181) énumère dans l’armée du roi: 3 ducs, 21 comtes, 100

doubles chevaliers bannerets, 2,000 autres et 6,000 écuyers.

L’oriflamme portée par Pierre de Villiers est développée, cette

oriflamme qui ne se montre jamais d’ordinaire devant des ennemis

chrétiens, mais qui peut bien marcher contre les Flamands, dont la

foi ne reconnaît pas le pape Clément[45]. A cet instant la bruine se

dissipe et le soleil fait reluire les armures des chevaliers, attendant

en silence l’attaque des troupes flamandes qui marchent contre eux. P.

51 à 53, 337 à 339.

[45] La question du schisme joua dans cette campagne de Flandre

un rôle plus grand que les récits des chroniqueurs ne le laissent

supposer. C’est ainsi que le comte de Flandre, partisan du pape

Urbain, fut toujours tenu à l’écart par les chevaliers français, qui

refusèrent de combattre avec ses gens en raison de leur croyance

religieuse (_Ist. et cr._, t. II, p. 215). On avait même défendu de

parler flamand dans l’armée royale (Meyer, fol. 188 vº).

Les Flamands s’avancent en rangs serrés, lançant leurs traits et tirant

leurs bombardes. Les gens du roi reçoivent les premiers[46] le choc

et commencent à faiblir; le seigneur de Wavrin, Morelet d’Halewin

et Jaques de Heere tombent morts[47]. Aussitôt l’avant-garde et

l’arrière-garde arrivent à la rescousse, et, poussant de chaque côté

l’armée flamande, la pressent et l’accablent; Philippe d’Artevelde est

tué dans la mêlée[48]. P. 53 à 55, 339, 340.

[46] Ce furent les Bretons et les Picards qui entrèrent les premiers

en bataille (_Ist. et cr._, t. II, p. 180).

[47] A ces noms il faut ajouter, d’après le _Religieux de

Saint-Denis_ (t. I, p. 220), ceux de Jean Brides, du seigneur de

Bavai et de Renaud (_lisez_ Robert) le Baveux.

[48] Meyer (fol. 190 vº) dit que Philippe d’Artevelde fut tué au

milieu des siens «cum Jacobo Divite et Johanne Hermanno aliisque

tribunis suis.»

Les gens du roi reviennent alors, et le carnage est grand[49]; les

pillards, armés de coutelas, se glissent entre les combattants et

massacrent tous ceux qui tombent. Les morts sont nombreux de part

et d’autre[50]; Louis[51] de Cousan et Floton de Revel succombent,

victimes de leur imprudence.

[49] La _Chronique du bon duc Loys de Bourbon_ signale le rôle

brillant du sire de Couci et du duc de Bourbon (p. 171-174).

[50] Les pertes des Flamands furent très nombreuses; elles varient

suivant les chroniqueurs: 26,000 hommes (_Ist. et cr._, t. II, p. 180

et 216); 25,000 (Deschamps, t. III, p. 70; _Relig. de Saint-Denis_,

t. I, p. 220), sans compter les fuyards; 24,000 (_Chr. de Pierre

Cochon_, p. 172); de 24,000 à 30,000 (_Petit Thalamus_, p. 406);

20,000 (_Chronographia_, t. III, p. 45); plus de 18,000 (_Chr. des

Quatre Valois_, p. 306); de 16 à 18,000 (_Chr. du bon duc Loys de

Bourbon_, p. 173).--Les Français furent beaucoup moins éprouvés; le

_Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 220) parle de 7 chevaliers et 44

hommes d’armes; les _Chroniques de Flandre_ (_Ist. et cr._, t. II, p.

216) donnent le chiffre de 100 hommes, dont 2 ou 3 chevaliers.

[51] Le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 220) cite, au lieu de

ce nom, ceux d’_Antoine_ et de _Gui_ de Cousan; ce dernier est seul

mentionné dans la _Chronique du bon duc Loys de Bourbon_ (p. 172).

Affolés, les Flamands jettent les armes et s’enfuient vers Courtrai,

poursuivis par les Bretons et les Français.

La bataille eut lieu entre Roosebeke et Courtrai, le jeudi 27 novembre

1382, le roi Charles étant dans sa quatorzième année. P. 55 à 57, 340,

341.

Elle n’avait duré qu’une demi-heure; les pertes des Gantois se montent

à 9,000 hommes; celles de leurs alliés à 26,000.

Le roi, retiré sous sa tente, reçoit les félicitations de ses oncles

et des grands barons[52]. Il demande à voir le corps de Philippe

d’Artevelde; on le cherche, on le trouve, on le montre au roi, qui le

fait pendre à un arbre. P. 57 à 59, 341, 342.

[52] Après la bataille, le comte de Flandre vint remercier le

roi, qui le reçut mal et lui reprocha d’avoir souvent fait alliance

avec ses ennemis (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 224-226).

Le jeudi même, vers minuit, le seigneur d’Herzeele apprend sous les

murs d’Audenarde la défaite et la mort de Philippe. Il abandonne le

siège et se dirige sur Gand, laissant Daniel d’Halewin maître de la

place[53].

[53] On lit dans une chronique de Flandre: «De le desconfiture des

Flamens fu le nuyt li fais sceus au siege d’Audenarde par les fuians

qui escapperent; dont chil qui le siege tenoient furent tres dolant,

et se deslogierent la nuyt moult en grant haste, et laissierent

moult de leurs tentes et d’autres coses, et yssirent aucun chevalier

et saudoyer d’Audenarde qui, en poursuiant les Flamens, en tuerent

et noierent pluiseurs; et li aultre en rallerent a Gant dire la

nouvelle» (_Ist. et cr._, t. II, p. 216).

Les habitants de Bruges ont connaissance de la nouvelle quelques heures

plus tôt; craignant d’être pillés, ils dirigent toutes leurs richesses

sur la Hollande. Pierre du Bois, blessé à Comines, se fait transporter

en litière à Ardembourg, où il couche le vendredi soir, puis arrive à

Gand assez à temps pour rendre courage aux Gantois, tout prêts à se

soumettre. P. 59 à 61, 342.

Dès le vendredi (28 décembre), le roi quitte Roosebeke[54] et prend

le chemin de Courtrai, précédé du Hase de Flandre et de 200 lances

flamandes, qui pillent la ville. Le roi n’y entre que le 1er décembre;

mais son arrivée n’arrête pas le pillage et le massacre: les Français

ont à cœur de venger la défaite de Robert d’Artois en 1302[55].

[54] Dès le lendemain de la bataille le roi est à Thourout. C’est là

que, le 29 novembre, il reçoit les députés de la ville de Bruges,

accompagnés de deux Cordeliers (_Ist. et cr._, t. II, p. 267).

[55] Le 11 juillet 1302, Robert d’Artois, commandant les Français,

fut vaincu et tué par les Flamands à la bataille de Courtrai, ainsi

qu’un grand nombre de chevaliers dont les éperons furent suspendus

comme trophées dans une chapelle de l’église Notre-Dame de Courtrai

(_Ist. et cr._, t. II, p. 218).

Daniel d’Halewin, à la tête de 50 lances, vient d’Audenarde pour voir

le roi et s’en retourne le jour suivant. P. 61, 62, 342, 343.

Bruges échappe au pillage des Bretons grâce à l’intervention du comte

de Flandre et du duc de Bourgogne et moyennant le paiement d’une

somme de 120,000 francs, exigible moitié sur l’heure et moitié à la

Chandeleur prochaine[56]. P. 62 à 64, 343, 344.

[56] C’est le 30 novembre, à Thourout, que le roi prit à merci la

ville de Bruges, qui reconnaissait le pape Clément et renonçait à

l’alliance anglaise, se soumettant à l’autorité du roi et du comte de

Flandre. La ville s’engageait de plus à payer en deux termes la somme

de 120,000 francs d’or (Extrait du _Septième Cartulaire de France_,

déposé aux Archives de Lille, publié par Le Glay, _Chronique rimée_,

p. 106-109, et par Kervyn, t. X, p. 484-486).

Mécontentement des Bretons et autres routiers, Bourguignons et

Savoyards, qui veulent retourner chez eux en pillant le Hainaut[57].

Médiation du comte Gui de Blois, qui réussit à les apaiser, et aussi à

obtenir de Thierri de Dixmude[58] de renoncer à ses attaques contre la

ville de Valenciennes. P. 64 à 66, 344, 345.

[57] Walsingham prétend (t. I, p. 81) qu’à la prise de Bruges les

biens seuls des marchands anglais furent pillés et confisqués au

profit du roi de France.

[58] Nous avons déjà eu occasion de parler du différend existant

entre la ville de Valenciennes et Thierri de Dixmude, à propos du

meurtre de son écuyer Daniel d’Usse (t. X, p. XVIII, note 1); Kervyn

a cité de nombreux documents relatifs à cette affaire (t. X, p.

491-494).

Les Français espèrent quelque jour la soumission de Gand, mais la

ville, soutenue par Pierre du Bois, est décidée à continuer la

lutte[59]. P. 66 à 68, 345.

[59] Dès le 30 novembre, étant à Roulers, le roi écrivit aux Gantois

pour leur proposer sa médiation entre eux et le comte de Flandre. On

était tellement sûr que cette proposition serait acceptée et que Gand

suivrait l’exemple des autres villes, qu’Eustache Deschamps, dans la

ballade qu’il composa après la bataille de Roosebeke, escompte déjà

cette soumission (_Œuvres complètes_, t. III, p. 70). La réponse

des Gantois, datée du 3 décembre, parvint au roi à Courtrai, où il

était entré le 1er. Les Gantois demandaient un sauf-conduit pour

trente-deux personnes, ce qui leur fut accordé. Le roi demandait la

reconnaissance du pape Clément et une somme de 300,000 francs (_Ist.

et cr._, t. II, p. 269-271). Les négociations eurent lieu à Courtrai

du 7 au 17 décembre (_Rekeningen_, p. 333-334), mais elles traînèrent

en longueur, et, chassé par le mauvais temps, Charles VI quitta

Courtrai le 18 pour aller à Tournai.

Cependant à Calais attend toujours Guillaume de Faringdon, porteur du

traité d’alliance, accompagné de François Ackerman et de six bourgeois

de Gand. La défaite de Roosebeke remet tout en question[60]: Guillaume

de Faringdon retourne en Angleterre, et les ambassadeurs flamands,

séjournant à Londres, rentrent chez eux en passant par les Pays-Bas,

ainsi que François Ackerman[61]. P. 68, 69, 345, 346.

[60] Une des causes les plus réelles du retard des Anglais à

intervenir dans les affaires de Flandre à cette époque fut la

réclamation que faisaient les Gantois d’une somme de 200,000 écus,

dont a déjà parlé Froissart (t. X, p. 269). C’est ce que dit très

explicitement un passage de notre tome XI qui ne se trouve que dans

quelques manuscrits (p. 343). On y lit, en effet, que l’alliance

eût été vite conclue «se n’eust esté la somme de deniers qu’ilz

demandoyent ausdiz Angloiz.» Les pourparlers n’en continuèrent

pas moins, mais, après la bataille de Roosebeke, les négociateurs

anglais «furent si esbaïz et si troublez de celle soudaine aventure

non esperée, qu’ilz s’en retournerent en Angleterre, sens plus lors

proceder sur celle matiere.»

[61] François Ackerman retourna, non pas à Gand, comme le dit

Froissart, mais en Angleterre où, le 20 janvier 1383, nous voyons

l’amiral anglais Jean de la Roche recevoir des instructions «pro

certis negociis tangentibus tractatum faciendum cum _admirallo fflote

Flandrie_,» c’est-à-dire Fr. Ackerman, qui portait ce titre d’amiral

de la flotte flamande (_Rec. off._, _Issue Rolls 199_, m. 11, et 306,

m. 11).

Le roi hésite à porter le siège devant Gand; mais la rigueur de l’hiver

le fait renoncer à ce projet. On se résout donc à quitter Courtrai

et à passer à Tournai les fêtes de Noël; les troupes d’Auvergne, de

Dauphiné, de Savoie et de Bourgogne sont licenciées; seuls, les Bretons

et les Normands sont retenus pour servir au besoin contre les Parisiens.

Malgré les prières du comte de Flandre, le roi, en quittant Courtrai,

fait brûler la ville[62]; les habitants sont emmenés prisonniers. P.

69, 70, 346.

[62] Le pillage et l’incendie de Courtrai furent choses

épouvantables, malgré l’intervention du duc de Bourgogne (_Chr. du

bon duc L. de B._, p. 175); presque toute la ville fut détruite

(_Ist. et cr._, t. II, p. 181, et _Relig. de Saint-Denis_, t. I, p.

230). Par contre, d’après Meyer (fol. 191), la ville se racheta en

payant «pro Britonum stipendiis centum et viginti milia francorum

aureorum.»

Le roi arrive à Tournai[63], et se loge à l’abbaye de Saint-Martin,

bien accueilli par les habitants. Quelques seigneurs prennent alors

congé de lui, tels que le comte de Blois, qui retourne en Hainaut à

Valenciennes et à Landrecies (ce n’est que l’été suivant qu’il se rend

à Blois). P. 70 à 72, 346, 347.

[63] C’est le 18 décembre que le roi arriva à Tournai, où il

était encore le 28.

Départ du comte de la Marche et de son frère, Jacques de Bourbon, pour

Leuze en Hainaut; départ de Gui de Laval pour Chièvres, dont il est

seigneur conjointement avec Robert de Namur; départ du sire de Couci

pour Mortagne.

Le roi veut profiter de son séjour à Tournai pour ramener le pays[64] à

l’obédience du pape Clément; mais il n’y réussit guère, sauf à Tournai

même[65], où le comte de Saint-Pol inflige aux Urbanistes plus de 7,000

francs d’amendes.

[64] D’après les actes de soumission des différentes villes, à

l’exception de Gand toujours rebelle, la Flandre s’était engagée à

suivre l’obédience du pape Clément (_Ist. et cr._, t. II, p. 217 et

267); les Brugeois seuls semblent s’être soumis à cette obligation

(Valois, _La France et le grand schisme d’Occident_, t. I, p. 361).

[65] Les prisonniers, rançonnés à Tournai par le comte de Saint-Pol,

pour cause d’adhésion au pape Urbain, furent nombreux (_Ist. et cr._,

t. II, p. 182).

Négociations avec les Gantois, qui veulent bien relever du roi de

France, mais refusent de reconnaître comme seigneur le comte de

Flandre. Les choses restent en l’état.

Le roi passe à Tournai les fêtes de Noël[66], puis, après avoir nommé

le seigneur de Ghistelles _rewaert_ de Flandre et placé des garnisons à

Bruges, à Ypres, à Courtrai, à Ardembourg et à Audenarde, il se rend à

Arras[67], avec ses oncles et le comte de Flandre[68]. P. 72 à 74, 347,

348.

[66] Comme il l’avait déjà fait à Courtrai, le 17 décembre, en

récompensant Gui de Boncourt (_Arch. nat._, JJ 122, fol. 11), le

roi ne quitta pas Tournai sans faire quelques confiscations, dont

profitèrent entre autres, à la date du 24, Guillaume de Mareuil et

Guillaume de Neilhac, pour leur conduite à Roosebeke (_Ibid._, JJ

121, fol. 172).

[67] D’après les _Séjours de Ch. VI_, le roi était encore le 28

décembre à Tournai et se trouvait le 31 à Péronne, où l’attendait son

frère Louis (_Ist. et cr._, t. II, p. 218); c’est donc le 29 ou le 30

qu’il faut placer son arrivée à Arras.

[68] Très attristé par la destruction de Courtrai (_Ist. et cr._,

t. II, p. 218) et par les humiliations nombreuses dont il avait été

victime au cours de la campagne, le comte de Flandre n’avait pas

attendu la fin du mois pour prendre congé du roi. Une première fois,

le 6 décembre, nous le trouvons à Harlebeke, où il récompense le

seigneur de Sempi par le don des biens du prévôt de Notre-Dame de

Bruges; le 26, il est définitivement de retour à Lille, où nous le

voyons octroyer, comme récompenses de services rendus, 10,000 francs

au connétable de Clisson, 3,000 à l’amiral Jean de Vienne et à Gui

de la Trémoïlle, 1,000 à Enguerran d’Eudin et à Anseau de Salins, et

500 à Gui de Pontallier (Extr. du _Septième cartulaire de Flandre_,

publié par Le Glay, dans _Chr. rimée_, p. 109-110).

Chroniques de J. Froissart, tome 11/13 · 第 7 / 34 题