Tout réussit à la jeunesse: Voici une jeune fille de dix-huit ans, née
dans une excellente famille russe. Son père était conseiller à la Cour
de Saint-Pétersbourg. Sa profession l'entraîne vers le théâtre;
inconsciente de sa propre valeur, ignorante des difficultés qui
entourent la vie d'artiste, elle s'engage résolument, sans regarder
derrière elle dans cette carrière dramatique, sur cette scène italienne
de Paris, dont s'effrayent les plus accoutumés au succès. Elle cherche
un maître dans M. Strakosch et après un an d'études elle aborde
courageusement, après la Patti, ce rôle de la Rosine du _Barbier de
Séville_. Et voyez la fortune réservée à ces audaces de la vingtième
année! Mlle Belocca conquiert en une soirée la situation d'une artiste
que le public aurait depuis longtemps applaudie. C'est que Mlle Belocca
a pour elle ce charme qui fait les succès instantanés. Elle est jeune,
elle est jolie. Sa voix de mezzo, soprano joue dans un registre sonore
et partout égal; elle a cette grâce, cette fleur de la jeunesse qui
séduit et fait pardonner quelques hésitations du talent qui se forme.
Elle se prête à tous les styles: aux langueurs des chansons russes, aux
caractères de la Rosine, au _Brindisi_ de Maffio Orsini et à l'esprit
des chansons françaises que Mlle Belocca a intercalées dans la leçon de
chant et que le public du Théâtre-Italien a chaleureusement applaudies
en affirmant l'avenir de la jeune artiste, qui, avec une rare modestie,
semble seule encore douter d'elle-même.