MORT DU SÉNATEUR ÉMILE REYMOND

C'est avec une émotion particulière qu'on a appris la mort glorieuse

devant l'ennemi du docteur Emile, membre du Sénat, qui comptait parmi

nos meilleurs et nos plus anciens aviateurs. Le docteur Reymond avait

réclamé l'honneur d'accomplir une reconnaissance importante, mais que

rendait fort périlleuse l'obligation de voler assez bas; il partit sur

un monoplan avec le brigadier aviateur Clamadieu. Quelques instants plus

tard, ce dernier était tué, le docteur Reymond dangereusement blessé, et

l'appareil tombait doucement entre les deux camps. Les Allemands

occupaient une position, dominant la Woëvre, devant laquelle ils nous

tenaient en échec depuis plusieurs jours. Dans leur joie d'avoir abattu

l'appareil, ils se précipitent hors de leurs tranchées pour s'emparer

des aviateurs qu'ils peuvent supposer encore vivants; nos soldats

s'élancent aussitôt, et, après un corps à corps d'une violence

effroyable, ils réussissent, non seulement à dégager leurs deux

camarades, mais encore à refouler l'adversaire à 3 kilomètres et à

garder la position que les aviateurs avaient été chargés de reconnaître.

Le docteur Reymond fut transporté à l'hôpital de Toul où il expira deux

heures après avoir reçu la visite des deux ministres en tournée sur le

front, MM. Briand et Sarraut. Jusqu'au dernier moment, il conserva une

lucidité parfaite, et, avec un sang-froid magnifique, il indiqua, sans

omettre un détail, le résultat de ses observations.

Né à Tarbes en 1865, M. Emile Reymond fit ses études de médecine à Paris.

Elève, puis collaborateur du professeur Terrier, il acquiert rapidement

une grande renommée comme chirurgien. A la mort de son père, survenue en

1905, il est élu sénateur de la Loire.

[Illustration: Le sénateur Émile Reymond, aviateur volontaire, mort

glorieusement dans la Woëvre.]

Dès le début de l'aviation, il est des premiers à entrevoir l'importance

du rôle militaire qu'elle est appelée à jouer, et il devient le

protecteur officiel de tous ceux qui travaillent à son développement.

Bientôt il se passionne lui-même pour le nouveau sport; il passe son

brevet de pilote en 1910. Ses randonnées audacieuses ne tardent pas à lui

donner dans le monde parlementaire une autorité exceptionnelle et un

prestige original dont il ne tire d'ailleurs aucune vanité. La campagne

électorale de 1912, qu'il s'amuse à faire en aéroplane, achève de rendre

son nom populaire, et, placé à la tête du Comité national d'aviation

militaire, il se voue désormais tout entier à l'organisation de la

quatrième arme.

Appartenant au service de santé comme médecin major de 1re classe, le

docteur Reymond demanda et obtint, à la déclaration de guerre, son

affectation au corps d'aviateurs et il partit dans une escadrille de

l'armée de l'Est où il rendit de grands services. Quelques jours avant sa

mort, il était cité à l'ordre du jour de l'armée.

M. Emile Reymond a donné sa vie au pays comme tant d'autres héros

obscurs; il avait peut-être encore mieux servi la France avant la guerre,

car c'est à son énergie et à son dévouement que nous devons en grande

partie d'avoir possédé, dès les premiers jours du conflit, l'armée

aérienne qui, dans une large mesure, aura préparé la victoire.

L'Illustration, No. 3739, 31 Octobre 1914 · 第 27 / 27 题