AUMONIERS MILITAIRES

Dans notre dernier numéro nous avons montré, unis à l'ombre du drapeau

pour remplir, en se prêtant mutuelle assistance, un même devoir, des

aumôniers militaires appartenant à des religions différentes. A l'exemple

de nos vaillants mobilisés qui ont fait table rase de toutes leurs

querelles, prêtres catholiques, pasteurs protestants et rabbins oublient

leurs dissentiments confessionnels et donnent l'exemple de la plus

parfaite confraternité devant les blessés ou les mourants qu'ils ont

mission d'assister. Le rabbin qui figurait sur notre photographie attesta

cette union de façon aussi glorieuse que tragique. Ses nombreux amis ont,

en effet, reconnu M. Bloch, tué il y a quelques semaines aux environs de

Saint-Dié. On évacuait une ambulance sous le feu de l'ennemi. Un de nos

soldats, dangereusement blessé, aperçoit le rabbin qu'il prend pour un

prêtre catholique; il lui demande un crucifix. Le prêtre israélite court

aussitôt à la recherche du pieux emblème; au moment où il va le remettre

à l'agonisant, il est lui-même mortellement frappé. M. Bloch est le

premier rabbin victime de la guerre; il est tombé en brave, comme tant de

prêtres catholiques tués au feu ou brutalement fusillés.

_Dessin de CHARLES FOUQUERAY,

d'après un croquis communiqué par un officier blessé._

[Illustration: NOS FUSILIERS MARINS A YPRES]

Les Parisiens, les vieux, ou ceux encore qui possèdent bien leur histoire

de la guerre de 1870-1871 et du grand siège, n'ont pas perdu le souvenir

des services éminents que rendirent alors à la défense les marins,

fusiliers et canonniers. Aussi, lorsque, au début des hostilités

actuelles, on vit reparaître sur les boulevards leurs grands cols bleus,

leurs mâles figures halées, les accueillit-on avec cordialité. Quelques

jours ils furent employés à des besognes de police. Ils pouvaient mieux

faire, et bientôt ils étaient répartis dans certains forts du camp

retranché: la tâche de protéger Paris ne pouvait être confiée à de

meilleures mains. Après la rude alerte on les vit revenir en petit

nombre. A l'approche des froids, on les avait dotés de la longue capote

d'infanterie, qui leur enlevait bien un peu de leur allure dégagée, mais

n'allait point les gêner pour faire, dans les combats du Nord,

d'excellente besogne. On a, pour la première fois, mentionné leur

collaboration efficace, le 13 octobre, à la reprise d'Ypres, où ils

marchaient à côté des Anglais. Ce fut une chaude affaire. Mais les marins

sont bons pour toutes les tâches qui exigent de la vigueur et de

l'agilité, de la vaillance et de l'allant. Leur magnifique entrain, à la

baïonnette, ne le cède même pas à celui des turcos. Ils enlevèrent

alertement les positions dont on leur confia l'attaque. La déroute des

Allemands, repoussés à plusieurs kilomètres au delà d'Ypres, fut

complète; ils firent là des pertes considérables. Cette irrésistible

poussée fut le commencement d'une offensive qui étendit bientôt notre

front jusqu'à la mer, paralysant la marche en avant de l'ennemi.

[Illustration:

Altmunsterol redevenu Montreux-Vieux: les anciens poteaux frontières

allemands, sur la route et sur la voie ferrée de Belfort à Mulhouse,

repeints aux couleurs françaises.]

L'Illustration, No. 3739, 31 Octobre 1914 · 第 10 / 27 题