GOUVERNEMENT ET ADMINISTRATION.

Le Portugal est une monarchie héréditaire et constitutionnelle. D'après

la loi fondamentale de 1826, dite _Carta de ley_, et revisée en 1852, le

gouvernement se compose des quatre pouvoirs: dirigeant, législatif,

exécutif, judiciaire, et de ces divers pouvoirs, deux appartiennent

exclusivement à la couronne; celle-ci partage, en outre, le pouvoir

législatif avec les deux Chambres, et reste toujours irresponsable. La

liste civile s'élève à plus de 3,600,000 francs; en outre, le roi a la

jouissance des biens de la couronne et possède de merveilleux joyaux,

parmi lesquels le fameux «diamant de Bragance», le plus grand du monde.

Il prend le titre de «Majesté très-Fidèle» et se dit comme autrefois

«roi des Algarves, seigneur de Guinée et des Conquêtes.» A défaut

d'enfant mâle, les filles peuvent hériter du trône. Les ministres du

souverain, qui sont au nombre de sept, portent la responsabilité des

décisions royales; ils peuvent être mis en accusation par la Chambre dés

députés, et doivent alors comparaître devant la Chambre des pairs,

constituée en tribunal suprême. Un conseil d'État, composé d'un nombre

indéterminé de membres, nommés à vie, assiste le roi dans toutes les

affaires d'administration. L'héritier présomptif en est membre-né et

prend part aux délibérations dès l'âge de dix-huit ans.

La Chambre des pairs se compose de plus d'une centaine de membres, les

uns héréditaires, les autres nommés à vie par le roi, et choisis presque

tous parmi les nobles. Les princes de la famille royale siégent de droit

dans la Chambre haute et le patriarche de Lisbonne en préside les

séances. La Chambre des députés, nommée par le suffrage, est

spécialement investie du droit de discussion et de vote sur le budget.

Les conditions de cens existent encore pour le corps électoral. D'après

la loi de 1852, sont électeurs tous les Portugais âgés de vingt-cinq ans

qui payent au moins 5 fr. 55 de contributions directes ou 27 fr 75 de

contributions foncières; en outre, «l'adjonction des capacités» a rangé

parmi les électeurs, et sans condition de cens, les bacheliers, tous les

porteurs de diplômes d'instruction supérieure ou secondaire, les

officiers et les prêtres; ceux-ci, de même que les fonctionnaires, les

gradés d'université et les gens mariés, ont de plus le privilége de

pouvoir voter dès l'âge de vingt et un ans. Le cens d'éligibilité, dont

les professeurs sont spécialement exemptés, s'élève à 22 fr. 20 de

contributions directes ou 111 francs de contributions foncières. Les

électeurs, au nombre desquels sont admis aussi les citoyens de Madère et

des Açores, nomment un député par 25,000 habitants; le total des élus

s'élève donc à plus de 150. La durée du mandat est de quatre années et

la session normale est de trois mois. Une indemnité est attachée aux

fonctions de représentant. Le président de la Chambre est nommé par le

roi sur une liste de cinq candidats proposés par les députés.

Le pouvoir judiciaire comprend l'ensemble des magistrats du Portugal,

depuis le «juge élu» (_juiz eleito_) de la paroisse jusqu'aux membres du

tribunal suprême de la justice, qui siége à Lisbonne. La contrée est

divisée en deux grands districts judiciaires, celui de Lisbonne et celui

de Porto, qui se subdivisent eux-mêmes en juridictions, correspondant

aux circonscriptions territoriales; les îles du cap Vert dépendent du

district judiciaire de Lisbonne. Le jury prononce la culpabilité ou la

non-culpabilité dans les procès civils et criminels. La jurisprudence

portugaise s'inspire à la fois du code français et du vieux droit local

représenté par les ordonnances «alphonsines», «manuélines»,

«philippines». La religion catholique romaine est la religion de l'État,

mais l'exercice du culte protestant est toléré dans les villes

commerçantes. Les affaires ecclésiastiques sont administrées par le

patriarche de Lisbonne, les deux archevêques de Braga et d'Evora et

quatorze évêques. L'Inquisition est abolie depuis 1821, et ses revenus,

de même que ceux des 750 couvents d'hommes, supprimés pour la plupart en

1834, se sont ajoutés aux recettes nationales; les dernières communautés

de moines, qui s'éteignent peu à peu par suite de l'interdiction

d'accepter des novices, font retour les unes après les autres au domaine

public. La plupart des couvents de femmes ont été également supprimés.

L'armée, qui doit s'élever en temps de guerre ou de commotion intérieure

à 70,000 hommes, mais à 32,000 hommes seulement en temps de paix, se

compose en réalité des deux tiers de l'effectif normal; elle n'a pas

moins de 2,000 officiers pour 20,000 soldats. Naguère les exemptions de

service et la pratique du remplacement faisaient peser tout le fardeau

de la conscription sur la population pauvre; mais la loi a été récemment

modifiée d'après le modèle prussien, pour répartir plus équitablement

les charges et donner au pays plus de force défensive. Les forteresses

sont nombreuses; mais il n'en reste qu'un petit nombre en bon état de

défense; on cite comme les plus importantes: Elvas, Abrantes, Valença,

sur la frontière de l'Espagne, et du côté de la mer, le fort de São

Julião et la citadelle de Peniche. La flotte ne s'élève plus à mille

vaisseaux, comme au temps où le roi Sébastien se préparait à envahir le

Maroc; elle est d'une quarantaine de petits bâtiments, dont plus de 20

sont à vapeur. Son personnel est de près de 3,000 marins.

Le budget annuel dépasse 130 millions de francs, et depuis 1834 il s'est

régulièrement soldé par un déficit; il en est de même du budget spécial

des colonies, qui dépasse 10 millions. Aussi la dette nationale

s'élève-t-elle à plus de 2 milliards 130 millions, total vraiment

formidable pour un aussi petit pays: c'est environ 500 francs par tête

de Portugais. Cependant les ressources de la contrée, auxquelles

s'ajoutent la vente des biens nationaux et le produit du monopole des

tabacs, se sont accrues plus rapidement que le déficit, et depuis 1875

on a pu renoncer au triste expédient budgétaire qui consistait à opérer

des retenues, variant de 5 à 30 p. 100 sur les traitements des employés.

Le crédit du gouvernement portugais, qui naguère était au plus bas, a pu

se relever peu à peu et ses fonds sont cotés maintenant à près de la

moitié de leur valeur nominale.

Les deux anciens «royaumes» de Portugal et d'Algarve se divisent

administrativement en 17 districts ou provinces, quoique les anciennes

divisions historiques de Minho, Tras os Montes, Beira, Estremadure,

Alemtejo, Algarve, se maintiennent encore dans le langage ordinaire. Les

districts se divisent eux-mêmes en _concelhos_, ou «conseils», beaucoup

plus grands que la commune française, car ils contiennent en moyenne

treize paroisses, ou _freguezias_, subdivisions à la fois religieuses et

civiles.

PROVINCES DISTRICTS SUPERFICIE EN POPULATION

KILOM. CARRÉS. EN 1871.

Par. Par Des Des Par

prov. distr. prov. distr. Kilom.

carré

Minho 7,271 971,001

Braga 2,738 321,622 118

Porto 2,291 439,515 192

Vianna do Castello 2,242 209,864 94

Tras os Montes 11,105 365,833

Bragança 6,657 153,738 24

Villa-Real 4,448 212,095 47

Alemtejo 24,387 331,341

Beja 10,869 137,784 13

Evora 7,085 98,053 14

Portalegre 6,433 95,504 15

Beira 23,942 1,294,282

Aveiro 2,909 256,544 88

Coïmbra 3,884 289,266 74

Viseu 4,975 370,171 74

Guarda 5,554 214,363 38

Castello-Branco 6,620 163,938 25

Estremadura 17,800 839,691

Leiria 3,478 181,164 53

Lisbonne 7,460 454,691 62

Santarem 6,862 203,836 31

Algarve 4,850 188,422

Faro 4,850 188,422 39

__________________________________________

Portugal continental

89,355 3,990,570 45

Portugal, avec Madère

et les Açores 92,751 4,367,882 47

Nouvelle géographie universelle (1/19) I L'Europe meridionale (Grèce, Turquie, Roumanie, Serbie, Italie, Espagne et Portugal) · 第 135 / 153 题