Barcelone (Barcelona).. 180,000 »
Réus................... 25,000 »
Tortose (Tortosa)...... 22,000 »
Mataró................. 17,000 »
Sabadell............... 15,000 »
Manresa................ 14,000 »
Tarragone (Tarragona).. 13,000 »
Lérida................. 12,000 »
Vich................... 12,000 »
Badalona............... 11,000 »
Igualada............... 10,500 »
Olot................... 10,000 »
Tarrasa................ 9,000 »
Gérone (Gerona)........ 8,000 »
Figuières (Figueras)... 8,000 »
]
La crête suprême des monts Pyrénées constitue sur la plus grande partie
de son développement la frontière entre l'Espagne et la France; c'est là
que les fictions politiques ont fait passer cette ligne idéale qui,
suivant les ordres venus de Paris et de Madrid, sépare tantôt de bons
amis et alliés, tantôt des ennemis mortels. Toutefois les bornes ne sont
point toutes placées sur le faîte. En maints endroits, les sinuosités de
la frontière descendent sur l'un ou l'autre versant pour annexer, soit à
l'Espagne, soit à la France, des pâturages ou des forêts qui
sembleraient devoir appartenir au pays limitrophe. A l'extrémité
occidentale de la chaîne pyrénéenne, c'est l'Espagne qui est le mieux
partagée; elle possède toute la vallée de la Bidassoa, sur le versant
français. A l'autre extrémité des Pyrénées, la France a pris sa
revanche, car elle s'est emparée de tout le massif du Canigou et de la
haute vallée du Sègre, sur le revers méridional des montagnes de
Carlitte. Mais, dans l'ensemble, ce sont les empiétements Espagnols qui
l'emportent, chose toute naturelle d'ailleurs, puisque la déclivité la
plus douce, et par conséquent la plus facilement accessible, est celle
qui regarde le midi. Plus nombreux, plus accoutumés à la vie des
montagnes, les pâtres aragonais et basques n'ont pas manqué de
s'approprier les pâturages du versant septentrional toutes les fois que
l'occasion s'en est présentée, et, plus tard, les traités internationaux
n'ont eu qu'à consacrer les prétentions du plus fort.
Le val d'Aran, au centre même du système orographique des Pyrénées, est
une de ces conquêtes que l'Espagne a faites sur la France sans que le
sang ait eu à couler. Par le cours de ses eaux, cette vallée semblerait
plutôt devoir être française, puisque les deux Garonne y prennent
naissance et s'y réunissent en un seul fleuve; mais le défilé de sortie
est fort étroit et facile à obstruer; partout ailleurs, les montagnes se
dressent en un rempart quadrangulaire couvert de neiges pendant une
grande partie de l'année. Jusqu'au dix-huitième siècle, les Aranais
avaient le «pas pleinier», c'est-à-dire le droit de commerce librement
avec le pays limitrophe; ils jouissaient aussi d'une complète autonomie
administrative. Isolés, comme ils le sont, du reste du monde, les douze
mille montagnards d'Aran auraient encore plus de droits, s'il est
possible, que toute autre population d'Europe, à se constituer en
république indépendante.
A l'est d'Aran, un deuxième massif de montagnes, moins nettement limité
et s'ouvrant assez largement du côté de l'Espagne, est, du moins de nom,
un pays républicain: c'est le val d'Andorre. Ce petit territoire,
comparable à la république italienne de Saint-Marin, occupe une
superficie d'environ 600 kilomètres carrés, peuplée de près de 6,000
habitants. Sauf les pâturages de la Solana (Soulane), situés sur le
versant français, sur la rive gauche de l'Ariége naissante, tout le
domaine d'Andorre écoule ses eaux dans le beau gave d'Embalira ou
Valira, qui va lui-même s'unir au Sègre, dans la plaine riante de la Seu
d'Urgel. Presque toutes les montagnes de la contrée sont devenues
arides, et les Andorrans travaillent de leur mieux à les priver encore
davantage de la terre végétale qui restait; partout les bûcherons sont à
l'oeuvre pour faire disparaître des pentes les dernières forêts de pins
et de chênes. D'anciennes moraines, privées des arbres qui les
consolidaient, se sont ainsi écroulées, et l'une d'elles, située dans le
voisinage du bourg d'Andorre, a récemment détruit un hameau qui se
trouvait à sa base.
Des traditions, que l'histoire ne confirme point, associaient les
origines de la république d'Andorre à une victoire de Charlemagne ou de
Louis le Débonnaire sur les Sarrasins, et l'on montre encore des
constructions qui leur sont faussement attribuées. Le fait est qu'avant
la Révolution française le val d'Andorre n'était point constitué en
souveraineté indépendante. Aux origines du régime féodal, le territoire
d'Andorre était une seigneurie dépendant du comté d'Urgel et, par
conséquent, du royaume d'Aragon. A la suite d'héritages, de procès et de
guerres, il fut décidé en 1278 que la vallée serait, au point de vue
politique, une simple seigneurie indivise, tenue à titre égal par les
évêques de la Seu et les comtes de Foix ou leurs ayants droit: c'est là
ce qu'ont établi les recherches de M. Bladé. En 1793, la République
française refusa le tribut accoutumé, que l'on cessa de percevoir
jusqu'en 1806, puis, en 1810, les Cortès espagnoles abolirent le régime
féodal. Andorre prit en conséquence une autonomie distincte, et devint
un petit État s'administrant lui-même, mais dépourvu de ce que le droit
des gens désigne sous le nom de «souveraineté extérieure». Toutefois les
habitants, rendus à eux-mêmes, n'ont cessé de se gouverner suivant les
vieilles coutumes féodales, bien différentes de celles que comporterait
une république égalitaire telle qu'elle se fonderait de nos jours. Le
territoire appartient exclusivement à un petit nombre de familles. La
loi du majorat existe; les aînés sont maîtres, et leurs frères puinés,
presque assimilés au reste des serviteurs, doivent obéissance au chef de
famille et ne jouissent de son hospitalité qu'à la condition de
travailler à son profit. Encore en 1842 la dîme s'était maintenue; il
fallut l'exemple de l'Espagne monarchique pour la faire disparaître. En
réalité, la liberté des montagnards d'Andorre se borne à ne devoir à
l'Espagne ni l'impôt du sang, ni les taxes ordinaires, et à pouvoir se
livrer impunément à la contrebande. C'est l'importation clandestine des
articles de France et du tabac sur les marchés d'Espagne qui fait la
principale richesse du pays: récemment, les «souverainetés d'Andorre»
ont aussi jugé bon de chercher une autre source de revenus dans la
fondation d'une maison de jeu, à proximité d'Ax, sur le versant
ariégeois de leur territoire. La principale industrie légitime de la
vallée est l'élève des bestiaux; les bergers andorrans mènent en hiver
la plus grande partie de leurs troupeaux dans les plaines dites Llanos
del Urgel, sur la rive gauche du Sègre. La république possède aussi de
petites forges et une fabrique d'étoffes, foulées dans les eaux
sulfureuses des Escaldas. Mais cette faible industrie et le commerce ne
suffisent pas à nourrir les Andorrans: un grand nombre d'entre eux
quittent le pays, avec ou sans espoir de retour.
[Illustration: Nº 147.--LE VAL D'ANDORRE.]
La république andorrane reconnaît deux suzerains, l'évêque d'Urgel, qui
perçoit un tribut annuel de 460 francs, et le gouvernement français, qui
touche une somme double. Deux viguiers représentent la seigneurie; l'un,
français, est nommé par la France pour une durée illimitée; l'autre,
andorran, est choisi par l'Espagne pour une période de trois années;
mais, en outre, le gouverneur militaire de la Seu d'Urgel exerce les
fonctions de vice-roi. Les viguiers ont le commandement des milices
locales et nomment les baillis; ils peuvent faire aussi des lois
provisoires en attendant la réunion des Cortès, où ils siégent eux-mêmes
avec le juge d'appel, désigné alternativement par l'un et l'autre
suzerain, et deux _rahonadors_ ou défenseurs des priviléges andorrans. A
la tête de chaque paroisse se trouvent un premier et un deuxième consul,
assistés de douze conseillers élus par les chefs de famille. Le conseil
général, qui siége au village d'Andorre, est composé des consuls et
d'autant de délégués des six paroisses. Mais, en dépit de toutes les
fictions d'indépendance, l'Andorre est, en réalité, une partie
intégrante de l'Espagne, et les carabiniers ne se gênent nullement pour
violer le territoire de la prétendue république. Il n'est pas étonnant
d'ailleurs que les Andorrans dépendent plutôt de l'Espagne que de la
France, car, par le langage, même officiel, par le costume et les
habitudes, ce sont des Catalans et, pendant six mois de l'année, ils
restent complétement séparés du bassin de l'Ariége, tandis que par la
vallée de l'Embalira ils peuvent toujours communiquer avec Urgel,
chef-lieu de leur diocèse religieux. Du reste, l'avantage immense de ne
jamais être troublé par la guerre a permis à la population de dépasser
ses voisins d'Espagne par l'instruction et le bien-être. En général, les
Andorrans sont intelligents et fins, trop fins même, car leur liberté
précaire et l'habitude de la contrebande ont développé chez eux la ruse
outre mesure. Ils excellent à prendre un air ahuri quand ils croient
leurs intérêts en jeu. Feindre la niaiserie pour éviter ou tendre un
piége s'appelle dans les vallées voisines «faire l'Andorran».
La capitale d'Andorre est un village assez propre, situé au-dessous du
confluent de la Massane ou Valira del Nort, à peine sorti d'un «grau» ou
défilé sauvage, et du Valira del Orien, auquel vient de se mêler le
ruisseau thermal sulfureux et ferrugineux de las Escaldas. Mais le
village principal de la Vallée est San Julia de Loria, près de la
frontière d'Espagne: c'est le grand entrepôt des marchandises de
contrebande.