EUROPE ASIE AFRIQUE

_Côtes inutiles_

AMÉRIQUE DU SUD AMERIQUE DU NORD AUSTRALIE

Dans le tableau annexé, la superficie de l'Europe est calculée d'après

ses limites naturelles.

Europe. Asie. Afrique.

Surface. 9,860,000 43,840,000 29,125,000

Contour géométr. 11,153 23,342 19,122

Développ. des côtes. 31,900 57,750 28,500

Côtes utiles. 30,900 47,000 28,500

Proport. du contour

géom. au cont. rél. 1:2.86 1:2.47 1:1.49

Amérique du N. Amérique du S. Australie.

Surface. 20,600,000 18,000,000 7,700,000

Contour géométr. 16,083 15,037 9,834

Développ. des côtes. 48,230 25,770 14,400

Côtes utiles. 40,000 25,770 14,400

Proport. du contour

géom. au cont. rél. 1:3 1:1.71 1:1.46

]

En surface, l'Europe est deux fois moindre que l'Amérique méridionale et

trois fois plus petite que l'énorme masse africaine, et cependant elle

est supérieure à ces deux continents par le développement de son

littoral; proportionnellement à son étendue, elle a le double des

rivages de l'Amérique du sud, de l'Australie et de l'Afrique; elle en a

un peu moins que l'Amérique du nord, mais ce dernier continent n'a la

grande richesse de ses côtes que dans les régions des froidures et des

glaces persistantes. Ainsi que l'on peut s'en faire une idée en jetant

les yeux sur le diagramme suivant, l'Europe a, sur les deux autres

continents que baigne la mer glaciale arctique, le privilége de posséder

un littoral presque en entier utile á la navigation, tandis qu'une

grande partie des côtes de l'Asie et de l'Amérique du nord est

actuellement sans valeur pour l'homme. Et non-seulement la mer pénètre

au loin dans l'intérieur de l'Europe tempérée pour la découper en

longues péninsules, mais encore elle entaille chacune de ces presqu'îles

pour y former des multitudes de golfes et de méditerranée en miniature.

Toutes les côtes de la Grèce, de la Thessalie, de la Thrace sont ainsi

dentelées par des golfes en hémicycle et de larges bassins pénétrant

dans les terres; l'Italie et l'Espagne offrent également sur tout leur

pourtour une série de golfes et d'indentations en arcs de cercle; enfin,

les péninsules du nord de l'Europe, le Jutland et la Scandinavie, sont

aussi tailladées par les eaux marines en de nombreuses presqu'îles

secondaires.

Les îles de l'Europe doivent être également considérées comme des

annexes du continent, dont la plupart ne sont séparées que par des eaux

sans profondeur. La Crète et les îles si nombreuses qui parsèment la mer

Egée, les archipels de la mer Ionienne et la côte dalmate, la Sicile, la

Corse et la Sardaigne, l'île d'Elbe, les Baléares, ne sont-elles pas, en

réalité, des prolongements ou des stations maritimes des péninsules

voisines? À l'entrée de la Baltique, les îles de Seeland et de Fionie ne

sont-elles pas les terres qui ont donné au Danemark le plus d'importance

politique et commerciale? La Grande-Bretagne et l'Irlande, qui faisaient

autrefois partie du continent, n'en dépendent pas moins de l'Europe,

quoique les eaux peu profondes de deux bras de mer aient fait

disparaître les isthmes de jonction. L'Angleterre est même devenue le

grand entrepôt commercial des pays d'Europe; elle remplit actuellement,

dans le mouvement des échanges du monde entier, un rôle analogue à celui

que la Grèce remplissait autrefois dans le monde restreint de la

Méditerranée.

Chose remarquable! Chaque contrée péninsulaire de l'Europe a eu dans

l'histoire son tour de prépondérance commerciale. D'abord la Grèce, «la

plus belle individualité de l'ancien monde», fut, à l'époque de sa

grandeur, la dominatrice de la Méditerranée, qui était alors presque

tout l'univers. Au moyen âge, Amalfi, Gènes, Venise et autres

républiques de l'Italie devinrent les intermédiaires des échanges entre

l'Europe et les Indes. La circumnavigation de l'Afrique et la découverte

du nouveau monde firent passer le monopole du grand commerce à Cadix, à

Séville, à Lisbonne, dans la péninsule ibérique. Puis les négociants de

la petite république hollandaise recueillirent en partie l'héritage de

l'Espagne et du Portugal, et les richesses du monde entier affluaient

dans leurs îles et leurs presqu'îles assiégées par la mer. De nos jours,

c'est la Grande-Bretagne qui est devenue le principal marché de

l'univers. Londres, la ville la plus populeuse de la Terre, est aussi le

foyer d'appel le plus énergique pour les trésors du genre humain. Tôt ou

tard sans doute le point vital le plus actif de la planète continuera de

se déplacer. Quoique l'Angleterre soit admirablement placée, au centre

même de la moitié du globe qui comprend presque tout l'ensemble des

masses continentales, les travaux d'aménagement auxquels on soumet la

Terre, l'ouverture de nouvelles voies de commerce, les variations

d'équilibre dans le groupement des nations peuvent faire passer Londres

au second rang. Peut-être, ainsi que les Américains le prédisent, la

civilisation, dans sa marche continue vers l'Ouest, remplacera-t-elle

Londres par quelque citées des États-Unis; peut-être aussi, par suite

d'un mouvement de retour vers l'Orient, le genre humain prendra-t-il

Constantinople ou le Caire pour centre de commerce et lieu principal de

rendez-vous.

Quoi qu'il en soit, les changements si considérables qui se sont

accomplis pendant la courte période de vingt siècles, dans l'importance

relative des péninsules et des îles de l'Europe, prouvent bien que la

valeur des traits géographiques se modifie peu à peu avec le cours de

l'histoire. Les privilèges mêmes dont la nature avait gratifié certains

pays peuvent se changer avec le temps en de graves désavantages. Ainsi

les petits bassins étroits, les ceintures de montagnes, les innombrables

dentelures des côtes qui avaient autrefois favorisée le développement

des cités grecques et donné au port d'Athènes l'empire de la

Méditerranée éloignent maintenant l'Hellade de la masse du continent et

ne permettront pas de longtemps qu'elle se rattache au réseau des voies

de communication européennes. Ce qui faisait jadis la force du pays fait

aujourd'hui sa faiblesse. Aux temps primitifs, avant que l'homme pût

encore se confier aux barques pour tenter les périlleux chemins de la

mer, les baies, les mers intérieures étaient un obstacle infranchissable

à la marche des peuples; plus tard, grâce à la navigation, elles

devinrent le grand chemin des nations commerçantes et favorisèrent

grandement la civilisation; actuellement, elles nous gênent de nouveau

en arrêtant nos routes et nos chemins de fer.

Nouvelle géographie universelle (1/19) I L'Europe meridionale (Grèce, Turquie, Roumanie, Serbie, Italie, Espagne et Portugal) · 第 14 / 153 题