En effet, quatre arbres isolés s'élevaient à son extrémité.
C'est l'île de Benga! c'est bien elle! ajouta-t-il.
--Eh bien, après? demanda Dick.
--C'est là que nous descendrons, s'il plaît à Dieu!
--Mais elle paraît habitée, Monsieur Samuel!
--Joe a raison; si je ne me trompe, voilà un rassemblement d'une
vingtaine d'indigènes.
--Nous les mettrons en fuite; cela ne sera pas difficile, répondit
Fergusson.
--Va comme il est dit, » répliqua le chasseur.
Le soleil était au zénith. Le Victoria se rapprocha de l'île.
Les nègres, appartenant à la tribu de Makado, poussèrent des cris
énergiques. L'un d'eux agitait en l'air son chapeau d'écorce. Kennedy
le prit pour point de mire, fit feu, et le chapeau vola en éclats.
Ce fut une déroute générale. Les indigènes se précipitèrent dans le
fleuve et le traversèrent à la nage; des deux rives, il vint une grêle
de balles et une pluie de flèches, mais sans danger pour l'aérostat
dont l'ancre avait mordu une fissure de roc. Joe se laissa couler à
terre.
« L'échelle! s'écria le docteur. Suis-moi, Kennedy
--Que veux-tu faire?
--Descendons; il me faut un témoin.
--Me voici.
--Joe, fais bonne garde.
--Soyez tranquille, Monsieur, je réponds de tout.
« Viens, Dick! » dit le docteur en mettant pied à terre.
Il entraîna son compagnon vers un groupe de rochers qui se dressaient à
la pointe de l'île; là, il chercha quelque temps, fureta dans les
broussailles, et se mit les mains en sang.
Tout d'un coup, il saisit vivement le bras du chasseur.
« Regarde, dit-il.
--Des lettres! » s'écria Kennedy.
En effet, deux lettres gravées sur le roc apparaissaient dans toute
leur netteté. On lisait distinctement: