De son côté, le docteur Fergusson se livrait à un examen sérieux de
l’aérostat. Celui-ci ne paraissait pas avoir souffert de la tourmente;
le taffetas et la gutta-percha avaient merveilleusement résisté; en
prenant la hauteur actuelle du sol, et en calculant la force
ascensionnelle du ballon, il vit avec satisfaction que l'hydrogène
était en même quantité; l’enveloppe jusque-là demeurait entièrement
imperméable.
Depuis cinq jours seulement, les voyageurs avaient quitté Zanzibar; le
pemmican n'était pas encore entamé; les provisions de biscuit et de
viande conservée suffisaient pour un long voyage; il n'y eut donc que
la réserve d'eau à renouveler.
Les tuyaux et le serpentin paraissaient être en parfait état; grâce à
leurs articulations de caoutchouc, ils s'étaient prêtés à toutes les
oscillations de l’aérostat.
Son examen terminé, le docteur s’occupa de mettre ses notes en ordre.
Il fit une esquisse très réussie de la campagne environnante, avec la
longue prairie à perte de vue, la forêt de camaldores, et le ballon
immobile sur le corps du monstrueux éléphant.
Au bout de ses deux heures, Kennedy revint avec un chapelet de perdrix
grasses, et un cuissot d'oryx, sorte de gemsbok, appartenant à l'espèce
la plus agile des antilopes. Joe se chargea de préparer ce surcroît de
provisions.
« Le dîner est servi, » s'écria-t-il bientôt de sa plus belle voix.
Et les trois voyageurs n'eurent qu'à s'asseoir sur la pelouse verte;
les pieds et la trompe d'éléphant furent déclarés exquis; on but à
l'Angleterre comme toujours, et de délicieux havanes parfumèrent pour
la première fois cette contrée charmante.
Kennedy mangeait, buvait et causait comme quatre; il était enivré; il
proposa sérieusement à son ami le docteur de s'établir dans cette
forêt, d'y construire une cabane de feuillage, et d'y commencer la
dynastie des Robinsons africains.
La proposition n'eut pas autrement de suite, bien que Joe se fût
proposé pour remplir le rôle de Vendredi.
La campagne semblait si tranquille, si déserte, que le docteur résolut
de passer la nuit à terre. Joe dressa un cercle de feux, barricade
indispensable contre les bêtes féroces; les hyènes, les couguars, les
chacals, attirés par l'odeur de la chair d'éléphant, rodèrent aux
alentours. Kennedy dut à plusieurs reprises décharger sa carabine sur
des visiteurs trop audacieux; mais enfin la nuit s'acheva sans incident
fâcheux.