UN FOU

Il était mort chef d'un haut tribunal, magistrat intègre dont la vie

irréprochable était citée dans toutes les cours de France. Les avocats,

les jeunes conseillers, les juges saluaient en s'inclinant très bas,

par marque d'un profond respect, sa grande figure blanche et maigre

qu'éclairaient deux yeux brillants et profonds.

Il avait passé sa vie à poursuivre le crime et à protéger les faibles.

Les escrocs et les meurtriers n'avaient point eu d'ennemi plus

redoutable, car il semblait lire, an fond de leurs âmes, leurs pensées

secrètes, et démêler, d'un coup d'oeil, tous les mystères de leurs

intentions.

Il était donc mort, à l'âge de quatre-vingt-deux ans, entouré d'hommages

et poursuivi par les regrets de tout un peuple. Des soldats en culotte

rouge l'avaient escorté jusqu'à sa tombe, et des hommes en cravate

blanche avaient répandu sur son cercueil des paroles désolées et des

larmes qui semblaient vraies.

Or, voici l'étrange papier que le notaire, éperdu, découvrit dans

le secrétaire où il avait coutume de serrer les dossiers des grands

criminels.

Cela portait pour titre:

Monsieur Parent, et autres histoires courtes · 第 20 / 38 题