À la suite de trois mauvaises récoltes du riz, pendant les années 1836,
1837, 1838, l'année 1839 fut une année de disette pendant laquelle les
Japonais restreignant leurs dépenses n'achetaient plus d'images, et où les
éditeurs se refusaient à faire les frais de publication d'un livre, d'une
planche séparée. En cette grève des éditeurs, Hokousaï comptant sur la
popularité de son nom, eut l'idée de composer des albums _au bout de son
pinceau_, et il trouva à vivre à peu près cette année de la vente de ces
dessins originaux vendus sans doute très bon marché.
Un de ces albums, composé de douze dessins, existe dans la collection de
M. Hayashi. Un demi-quarteron de lavis rapides, au coloriage brutal, lavis
où, sous le barbouillage hâtif, se sent le maître, dans la silhouette des
êtres et des choses. C'est Foukorokou déroulant un makimono sur lequel une
tortue vient se promener, c'est le diable déguisé en prêtre faisant sa
prière. Et ce sont aussi bon nombre de motifs déjà publiés par lui, et
qu'il répète sans pudeur: ainsi le hoche-queue sur un rocher, qui revient
si souvent dans ses dessins, ainsi le Japonais regardant s'envoler des
papillons, du _Shas-hin gwafou_.
L'album est signé: _Gwakiô rôjin manji_ (vieillard fou de dessin à l'âge
de 80 ans).