HOKOUSAÏ.

Né à Yédo, Hokousaï est, dit-on, le fils d'un fabricant de miroirs de la

cour de Tokougawa.

Son nom d'enfance est Tokitaro; plus tard, il le changea contre celui de

Tétsoujiro.

Il entre d'abord comme élève chez Katsoukawa Shunshô et, pour nom

d'artiste, il prend le nom de Katsoukawa Shunrô. Là, il peint des acteurs

et des scènes de théâtre dans le style de Tsoutzoumi Tô-rin et produit

beaucoup de dessins sur des feuilles volantes, appelés _Kiôka Sourimono_.

Chassé de la maison de son maître pour des raisons restées inconnues, il

va prendre la succession du peintre Tawaraya-Sôri, et se fait reconnaître

pour le successeur de ce peintre.

Depuis, il change son style, en crée un tout nouveau, qui lui est

personnel. Alors il repasse son nom de Sôri à son élève Sôji, et rend à la

famille Tawaraya la signature qu'il avait reçue d'elle.

C'est seulement à la dixième année de l'ère Kwanseï (1789) que le public,

pour la première fois, lit, au bas des impressions du maître, le nom

d'Hokousaï (Hokousaï, Tokimasa Taïto) nom qu'il prit, dit-on, à cause de

sa profonde vénération pour le dieu Hokoushin-Miôkén. Quant au nom de

Taïto, il l'abandonna plus tard à son gendre Shighénobou.

Le style appelé _Hokousaï-riou_ est le style de la vraie peinture Oukiyoyé,

la peinture _naturiste_, et Hokousaï est le vrai et le seul fondateur

d'une peinture qui, prenant ses assises dans la peinture chinoise, est la

peinture de l'école japonaise moderne.

Et son oeuvre, lorsqu'il a paru, a eu la bonne fortune, non seulement

d'exciter l'admiration de ses confrères les peintres, mais encore de

séduire le gros public, tant il était une nouveauté particulière.

Durant les années de l'ère Kwanseï (1789-1800) Hokousaï écrit de nombreux

contes et romans pour la lecture des femmes et des enfants: romans dans

lesquels il fit lui-même des illustrations, romans où il signe comme

écrivain Tokitaro-Kakô, et comme peintre Gwakiôjin-Hokousaï. Et ce fut

grâce à ses pinceaux spirituels et précis que les contes populaires et les

romans commencèrent à se répandre dans le public.

Il fut aussi un excellent poète dans la poésie Haï-Kai (poésie populaire).

Dans ce temps, il habita Asakousa où de nombreux élèves-peintres de Kiôto

et d'Ohsaka vinrent le trouver et entrèrent dans son atelier, et, dans ce

temps où il y avait bien des peintres dans les villes de Nagoya, de Kiôto,

d'Ohsaka, aucun ne put le surpasser.

C'est alors que sortent, de dessous ses pinceaux, des livres ou modèles de

gravures, et des impressions, et des dessins innombrables.

Bientôt (c'est l'habitude là-bas, pour les peintres, de changer

perpétuellement de noms), le maître léguait sa signature d'Hokousaï à un

de ses élèves qui tenait un restaurant dans le Yoshiwara, le quartier des

maisons publiques, et qui peignait dans son établissement des peintures

de 16 ken (32 mètres) chaque fois que Hokousaï faisait l'ouverture de

réunions d'artistes pour l'adoption de nouvelles signatures.

À partir de ce temps, il signa ses impressions Sakino Hokousaï, Taïto

(ancien Hokousaï Taïto). Il changea encore une fois son nom propre et

s'appela Tamé Kazou ou I-itsou.

N'ayant pas eu assez de temps pour donner les modèles de la peinture à ses

élèves, il en fit graver des volumes qui, plus tard, obtinrent beaucoup de

succès.

Il fut encore très habile dans la peinture dite Kiokou yé, peinture de

fantaisie, faite avec des objets ou des services de table trempés dans

l'encre de Chine, tels qu'une boîte servant de mesure de capacité, des

oeufs, des bouteilles[1].

[Note 1: Hokousaï affirmait par là que l'exécution d'un beau dessin ne

tient pas aux instruments de la peinture, à d'excellente pinceaux, mais

est tout entière dans l'art de dessiner du peintre.]

Il peignait encore admirablement bien avec sa main gauche, ou bien de bas

en haut. Et sa peinture faite au moyen des ongles de ses doigts était tout

à fait étonnante et, quant à ce fait particulier, il fallait être témoin

soi-même du travail de l'artiste, sans quoi on eût pris ses peintures à

l'ongle pour des peintures faites avec des pinceaux.

«Après avoir étudié, dit-il quelque part, pendant de longues années,

la peinture des diverses écoles, j'ai pénétré leurs secrets et j'en ai

recueilli tout ce qu'il y a de meilleur. Rien n'est inconnu pour moi en

peinture. J'ai essayé mon pinceau sur tout, et je suis parvenu à réussir

tout.» En effet, Hokousaï a peint depuis les images les plus vulgaires,

nommées _Kamban_[2], c'est-à-dire les images-réclames pour les théâtres

ambulants, jusqu'aux compositions les plus élevées.

[Note 2: _Kamban_, me dit Hayashi, n'est que l'enseigne ou l'affiche

d'un marchand quelconque.]

Ses productions furent même très recherchées par les étrangers, et il y

eut une année où l'on exporta ses dessins et ses gravures par centaines,

mais presque aussitôt cette exportation fut défendue par le gouvernement

de Tokougawa.

Durant les années de l'ère Témpô (1830-1843), Hokousaï publia, en nombre

immense, des nishikiyé, impressions en couleur, et des _dessins d'amour_

ou images obscènes, dites _shungwa_, d'une coloration admirable, qu'il

signait toujours du pseudonyme de Goummatei.

Le plus grand honneur que cet artiste obtint, durant sa vie, fut que sa

célébrité parvint jusqu'à la cour de Tokougawa, et qu'il put étaler son

talent sans rival devant le grand prince. Une fois, pendant que le shôgoun

faisait sa promenade dans la ville de Yédo, Hokousaï fut invité par le

prince à peindre devant lui. Et, sur une immense feuille de papier, avec

une brosse à colle, il commença d'abord à tracer des pattes de coq, puis,

transformant soudainement le dessin par une couleur d'indigo mis sur les

pattes, il en faisait un paysage du fleuve Tatsouta qu'il présentait au

prince étonné[3].

[Note 3: Hayashi s'indigne de la mauvaise traduction de ce passage,

et me communique la note suivante: la suite d'un retour de chasse

aux faucons, le Shôgoun sur sa route prit plaisir à voir dessiner

deux grands artistes du temps, Tani Bountchô et Hokousaï. Bountchô

commença et Hokousaï lui succéda. Tout d'abord il dessina des fleurs,

des oiseaux, des paysages, puis, désireux d'amuser le Shôgoun, il

couvrit le bas d'une immense bande de papier d'une teinte d'indigo,

se fit apporter par ses élèves des coqs, dont il plongea les pattes

dans la couleur pourpre, les fit courir sur la teinte bleue, et le

prince eut l'illusion de voir la rivière Tatsouta avec ses rapides,

charriant des feuilles de _momiji_.

Hokousaï L'art japonais au XVII Siècle · 第 6 / 154 题