LES MANUSCRITS.

§ I.--_Manuscrits de Paris._

1) Bibliothèque nationale, collection Dupuy, no 275. _Mémoires pour

l'histoire du roi Charles VI._

Ce titre ajouté par Pierre Dupuy est celui d'un extrait entièrement écrit

de la main de Claude Dupuy, et communiqué par son fils, Jacques Dupuy,

prieur de Saint-Sauveur, à Denis Godefroy, qui le publia mot pour mot, en

1653, à la suite de son édition de Juvénal des Ursins[3], en y comprenant

même les listes des évêques, prévôts de Paris, prévôts des marchands,

jointes en appendice par Claude Dupuy. La seule indication chronologique

que porte cet extrait est celle placée au-dessous du titre par Pierre

Dupuy, indication se rapportant à l'année 1630.

[3] _Histoire de Charles VI, roy de France_, p. 497-528.

Indépendamment de l'extrait de Claude Dupuy, on possède la transcription

exécutée sous les auspices de Pierre de l'Étoile, reproduisant fidèlement

la copie partielle de Dupuy; cette transcription se trouve aux folios 23

à 61 du manuscrit 10,303 du fonds français[4].

[4] Cf. _Mémoires-Journaux de Pierre de L'Estoile_, t. VIII, p.

321.

Quant à l'exemplaire complet dû aux soins de Claude Dupuy, dont parle

Godefroy[5], nous n'avons pu en découvrir aucune trace.

[5] _Histoire de Charles VI._--Cf. _Mémoires de la Soc. de

l'Histoire de Paris_, t. II, p. 312, note 3.

2) Bibliothèque nationale, fonds français, no 10,145 (ancien supplément

1984 bis); petit in-folio sur papier, reliure moderne.

Il y a tout lieu de croire que la copie du Journal parisien, conservée

sous le no 10,145 du fonds français, a servi de base à l'édition de La

Barre; en effet, plusieurs des leçons défectueuses données par le premier

éditeur du Journal appartiennent à ce manuscrit et ne se retrouvent ni

dans le manuscrit de Paris dont nous parlerons plus loin, ni dans le

manuscrit de Rome.

Voici quelques exemples qui permettront de se rendre compte de l'analogie

existant entre l'édition de La Barre et le manuscrit en question:

La Barre, p. 91: _et d'une celle aspre gelée_, leçon fautive du

manuscrit 10,145, tandis que la bonne leçon est: _et dura celle

aspre gelée_.

P. 92: _grant contencion_, leçon du manuscrit 10,145, lisez

_grant tençon_.

P. 94: _Or bien quel dommage_, leçon du manuscrit 10,145, la

vraie leçon est: _Or voyez quel dommage_.

P. 105: _ces larrons reposoient_, leçon du manuscrit 10,145, au

lieu de _reperoient_.

P. 125: _plus ne jetassent_, version du manuscrit 10,145, lisez

_ne gastassent_.

P. 130: _et ne trouvoient_ ne femme ne enfant qu'ils ne

prinssent, leçon du manuscrit 10,145, la bonne leçon est

_n'esparnoient_.

P. 174: _tumberel à voire la journée_, suivant le manuscrit

10,145, tandis qu'il faut lire _tumberel à boue_.

P. 181: Apres eux _ne venoit_ rien ne que après feu, version du

manuscrit 10,145, vraie leçon: _ne demouroit_.

P. 186: le roy de France estoit le _droit ourine_ aux larrons,

d'après le manuscrit 10,145, lisez _droit ourme_.

Comme le montre cet examen comparatif, une certaine conformité paraît

exister entre le texte de La Barre et celui du manuscrit 10,145, et elle

est assez grande pour que l'on puisse rattacher l'édition de La Barre à

ce manuscrit.

Afin de déterminer la date de la transcription représentée par le no

10,145, nous remarquons que la même main qui a copié ce manuscrit du

Journal a également pris soin de reproduire, très vraisemblablement à la

même époque, les vers qui figurent en tête du manuscrit de Rome sous le

titre de _Bataille du Liège_; cette copie forme une plaquette conservée

sous le no 10,154 du fonds français. A la fin de ce petit volume on lit

la note suivante:

Ces vers sont tirés d'un manuscript qui a pour titre: _Bataille

du Liège_, cotté 813, 769, ce manuscript a appartenu à Jehan

Maciot, ensuite à la reine de Suède, et enfin est dans la

bibliothèque Vaticane.

Cette note ne peut s'appliquer qu'au Journal parisien précédé, ainsi que

nous le verrons, de poésies qui répondent bien au titre en question, et

terminé par la signature de ce Maciot, visé dans la note ci-dessus.

Il semblerait résulter de cet ensemble de faits que la copie du Journal

et celle des pièces de vers initiales, constituant les nos 10,145 et

10,154, ont dû être exécutées, vers la fin du XVIIe siècle, d'après le

volume actuellement conservé dans les collections du Vatican.

3) Bibliothèque nationale, fonds français, no 3480. In-folio sur papier,

reliure moderne. _Mémoires de Paris soubz Charles VI et VIIe du nom_.

Ce manuscrit s'ouvre par un recueil de dépêches diplomatiques relatives

aux négociations de la paix de Vervins, en 1598; ces correspondances

comprennent les 259 premiers folios du volume; les folios 260 à 262 sont

occupés par deux harangues, la première adressée en 1639 à M. de Gassion

par un député de la ville de Caen, la seconde sous forme de lettre de

l'archevêque de Rouen au Cardinal, en date du 29 décembre 1639.

Au folio 264, sous ce titre: _Mémoires de Paris_, etc. commence une copie

intégrale du Journal parisien, exécutée selon toute apparence dans la

première moitié du XVIIe siècle. Le texte fourni par le manuscrit 3480

est incontestablement celui qui se rapproche le plus de la version

primitive. Quoique le manuscrit débute, comme celui de Rome, par une

pièce de vers relative à la bataille de Liège, quoiqu'il se termine de la

même façon, et qu'il contienne identiquement les mêmes lacunes que le

manuscrit de Rome, il n'en est point la reproduction pure et simple, on

peut même affirmer qu'il nous offre une transcription, sinon de

l'original lui-même, au moins d'un exemplaire du Journal plus complet que

celui qui est représenté par le volume du fonds de la Reine.

Une collation attentive de ce nouveau manuscrit avec le texte contenu

dans le manuscrit de Rome nous a permis de rétablir un passage assez

étendu se référant aux événements de l'année 1438; pour faire juger de

l'importance de cette restitution, il suffira de dire que le passage en

question comprend six folios du volume du fonds français. Bien que le

manuscrit 3480 soit à certains égards plus complet que celui du Vatican,

il nous fournit cependant un texte beaucoup moins correct, par suite de

l'inintelligence des scribes qui ont dénaturé le sens de nombreux

passages, nous disons des scribes, parce que l'on remarque deux écritures

distinctes, l'une qui va du folio 264 au folio 351 inclus, l'autre du

folio 352 à 464.

§ 2.--_Manuscrit de Rome._

Le volume catalogué sous le no 1923 du fonds de la reine de Suède est un

petit in-folio sur papier, revêtu d'une reliure rouge assez commune, il

comprend 187 folios et non 250 comme l'a imprimé M. Paul Lacroix dans sa

notice[6]. Les onze premiers folios du manuscrit contiennent une assez

longue pièce de vers en deux parties intitulées: la _Bataille du Liège_

et les _Sentences du Liège_. Cette insipide poésie, relative à la prise

d'armes des Liégeois contre leur évêque en 1408, n'est guère qu'une

fastidieuse énumération des seigneurs bourguignons envoyés par Jean

Sans-Peur pour réprimer cette rébellion; elle commence ainsi: _A l'onneur

de toute noblesse et en exaussant gentillesse_.

[6] Champollion-Figeac, _Documents historiques_, t. III, p. 275.

La pièce en question sert pour ainsi dire de prologue au Journal et

paraît n'avoir été mise en tête du volume que pour accompagner le récit

tronqué par lequel débute l'extrait de Godefroy. Ce fragment de Journal,

qui se trouve au folio 12 de notre manuscrit, se rapporte à la fin de

l'année 1408 et au commencement de l'année 1409; il a précisément trait à

la révolte des Liégeois contre leur évêque, en septembre 1408, et à

l'entrée solennelle de Charles VI à Paris, le 17 mars suivant. C'est

seulement au folio 13 que commence le Journal parisien proprement dit,

tel que nous le lisons dans La Barre et tel que l'ont reproduit tous les

éditeurs subséquents. A partir de là le Journal se continue sans

interruption dans l'ordre chronologique et finit bien à l'année 1449, par

le passage qu'avait déjà indiqué M. Paul Lacroix.

L'écriture du manuscrit de Rome est sans conteste du XVe siècle,

néanmoins nous ne saurions considérer ce texte comme l'original de la

Chronique parisienne si intéressante pour l'histoire des règnes de

Charles VI et Charles VII. Voici l'ensemble des déductions sur lesquelles

repose notre opinion. En premier lieu, la présence de ces poésies qui

n'ont qu'un rapport bien indirect avec le Journal parisien, ensuite une

interversion dans la suite des événements qui font l'objet du Journal.

Comme nous l'avons déjà remarqué, la _Bataille_ et les _Sentences du

Liège_ sont suivies d'un fragment incomplet du commencement, se

rattachant aux faits des années 1408 et 1409 mentionnés plus haut, ce

fragment se termine par un lambeau de journal relatif à un orage

épouvantable survenu à Paris le 30 juin 1411. Telle est la matière d'un

folio, le douzième du manuscrit; au folio suivant, nous tombons sur un

passage que tous les éditeurs sans exception ont rapporté à l'année 1408,

tandis qu'en réalité les événements racontés par le chroniqueur

appartiennent à l'année 1405. L'auteur du Journal parisien relate, entre

autres faits, l'arrivée de l'évêque de Liège à Paris; or ce voyage, au

dire de chroniqueurs bien informés[7], eut lieu au mois de septembre

1405 et nullement en septembre 1408, époque à laquelle le prélat aux

prises avec une situation extrêmement critique ne pouvait songer à un

aussi lointain voyage.

[7] Voici un passage de la _Chronique de Jean Stavelot_ (p. 95)

qui détermine nettement l'époque du voyage de Jean de Bavière:

«_Comment monsangneur de Liege s'en alat noblement a

Paris_.--L'an M CCCC et V, le secon jour de septembre, soy partit

monsangneur Johans de Bealwiers de Liege et chevalchat vers

monsangneur le duc de Bourgongne à Paris, son seroige.»

Il n'est point possible d'admettre, pour le manuscrit original d'une

œuvre historique, une semblable confusion dans le récit des événements.

On nous objectera peut-être que ce défaut de suite peut provenir de

lacunes causées par des mutilations dont le manuscrit aurait eu à

souffrir; mais ce n'est pas le cas en ce qui concerne ces folios 12 et

13, aucune trace de lacération n'est visible. A ce point de vue spécial,

le manuscrit de Rome a été de notre part l'objet d'un examen attentif;

comme les éditeurs s'accordaient à signaler des feuillets déchirés et que

généralement ces lacunes coïncident avec des fins de pages, nous avons

vérifié avec le plus grand soin les endroits incomplets et nous avons pu

constater qu'aucun feuillet n'avait été arraché. Ce qui a levé tous nos

doutes à cet égard, c'est que l'une des lacunes, relative à la

publication de la paix faite à Paris le 1er avril 1412, existe dans le

manuscrit en haut du folio 22 vº, et ne peut par conséquent provenir que

d'un exemplaire du journal déjà incomplet, dont notre volume ne serait

que la reproduction. Une nouvelle particularité viendrait non seulement à

l'appui de cette thèse, mais tendrait encore à faire admettre un original

aujourd'hui perdu. La main d'un annotateur du xvie siècle signale entre

les folios 60 et 61 l'absence de _trois_ feuillets, et cependant l'œil

le plus exercé ne peut apercevoir la moindre trace de lacération; il

faudrait donc supposer, ou que ce chiffre est donné au hasard et d'une

façon purement approximative, ou que l'auteur de la note avait

connaissance d'un manuscrit plus complet. La lacune dont il s'agit est

d'autant plus regrettable qu'elle porte sur un passage contenant le récit

de la mort de Jean Sans-Peur; peut-être ce passage a-t-il été supprimé

dans le texte primitif, en raison des attaques violentes à l'adresse des

Armagnacs, dont l'auteur du Journal, bourguignon passionné, avait dû

entremêler sa narration.

Un dernier argument à faire valoir en faveur de l'existence d'un

manuscrit original se tire du fait suivant que personne n'a relevé

jusqu'ici.

Le chroniqueur parisien raconte, à la date du 6 juin 1429, la naissance

d'un enfant phénoménal à Aubervilliers, et joint à la description de ce

monstrueux produit un dessin qu'il mentionne à deux reprises en ces

termes: _Ainsi comme cette figure est, comme vous voyez_. Le manuscrit de

Rome ne contient à cet endroit aucun genre d'illustration; le copiste, ne

se sentant probablement aucun goût artistique, s'est contenté de ménager

dans la marge la place nécessaire pour l'exécution du croquis, place qui

est restée en blanc[8].

[8] Le manuscrit d'Aix décrit plus loin contient un croquis très

grossièrement exécuté et dénué de toute valeur artistique.

Dans ses ingénieuses conjectures sur l'auteur du Journal parisien, M.

Longnon a montré tout l'attrait que ce précieux document avait pour les

érudits dès la seconde moitié du XVIe siècle; on voit à ce moment ce

vieux livre, lu et relu, passer de main en main[9]. La couche épaisse de

crasse qui recouvre les bords du manuscrit de Rome témoigne en effet d'un

fréquent usage. De nombreuses annotations remplissent les marges de ce

volume; elles sont dues à deux mains différentes. L'une des écritures,

assez grosse et assez nettement tracée, offre beaucoup d'analogie avec

les premières pages d'un manuscrit du fonds français (no 24,726)

intitulé: _Veilles et observations sur la lecture de plusieurs autheurs

françois_ par Claude Fauchet. Aussi nous n'hésitons pas à lui attribuer

la paternité de ces notes, et surtout de la remarque suivante, si souvent

reproduite, qui se trouve au folio 181 vº dans la marge de droite: «Il

semble que l'autheur ait esté homme d'église ou docteur en quelque

faculté, pour le moins de robe longue.»

Elle est certainement du président Fauchet et permet d'établir avec

certitude la provenance du Journal, qui des mains de Fauchet passa en

celles de Petau pour entrer ensuite dans la bibliothèque de la reine

Christine.

Une autre écriture, avons-nous dit, se remarque encore sur les marges,

celle-ci est beaucoup plus ténue et présente tous les déliés des

écritures courantes du XVIe siècle. Elle doit être en effet de la seconde

moitié de ce siècle, et postérieure en tous cas à l'année 1567, car l'une

des observations du commentateur, consignée en marge du manuscrit, à

propos d'un vent violent qui s'éleva à Paris le 7 octobre 1434, porte ce

qui suit:

Vent pareil à celuy qui fut l'an 1567, le lundi, mardi et

mercredi, 14, 15 et 16 de juillet et le dimenche 7 septembre.

Quelle est au point de vue historique la valeur du manuscrit qui renferme

la version la plus ancienne du Journal parisien. Le texte contenu dans ce

manuscrit est-il, comme le présume M. Paul Lacroix, beaucoup plus ample

que celui de l'édition donnée par La Barre? Il est hors de doute que plus

d'une rectification pourra, grâce à cet exemplaire, être apportée au

texte du Journal parisien, et que des omissions assez importantes seront

réparées; mais il serait illusoire de chercher à combler des lacunes qui

se remarquent dans toutes les éditions. Ces lacunes regrettables existent

également dans le manuscrit de Rome; elles ne sont point le résultat de

lacérations opérées sur ce volume, mais proviennent, nous l'avons dit,

d'une cause toute différente.

[9] _Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris_, t. II, p.

311 à 313.

§ 3.--_Manuscrit d'Aix._

Le manuscrit 316 de la bibliothèque d'Aix, que M. Quicherat nous a

signalé d'après le catalogue récemment publié par M. U. Robert[10], fait

partie de la collection Méjanes et provient de la bibliothèque d'un

amateur également célèbre, Charles de Baschi, marquis d'Aubais, comme le

montre une étiquette à ses armes, collée à l'intérieur de la couverture.

C'est un volume in-folio de 364 pages, mesurant 30 cent. de haut sur 21

cent. de large, relié en maroquin rouge, avec armoiries dorées sur les

plats et sur le dos, assez difficiles à déterminer, mais qui sembleraient

avoir quelque analogie avec celles de la maison d'Aumont[11]. Au premier

folio se lisent les mots: _Ch. Charost._ 1721. Le titre inscrit au dos du

volume est: _La bataille du Liège_.

[10] U. Robert. _Inventaire sommaire des manuscrits des

bibliothèques de France_, t. I, p. 9, no 319.

[11] Suivant la description que nous devons à l'obligeance de M.

Gaut, bibliothécaire de la ville d'Aix, l'écusson porte sept

merlettes placées 2, 3, 2; il a pour supports des griffons, et

pour cimier un casque avec une merlette.

Le manuscrit d'Aix appartient à deux époques différentes, ou plutôt il se

compose de deux transcriptions distinctes qui ont été juxtaposées.

L'écriture des 28 premières pages et des pages 197 à 364 se rapporte au

milieu du xviie siècle; quant à celle des folios 29 à 196, suivant

l'opinion d'un érudit distingué, M. Tamizey de Larroque, elle serait de

la fin du xvie siècle. La portion du Journal transcrite au XVIIe siècle

se réfère aux années 1411 à 1427, tout le reste de la chronique est du

XVIe siècle.

Ce volume comprend absolument les mêmes matières que les autres

manuscrits du Journal parisien, c'est-à-dire: 1º un poème sur la

_bataille du Liège_, fol. 1 à 16; 2º les _Sentences du Liège_, fol. 17 à

22; 3º le Journal du prétendu bourgeois de Paris, sous cet intitulé:

_Charles VI, roi de France, IIIIc VIII_, fol. 28 à 364.

La chronique débute par cette phrase tronquée concernant la défaite des

Liégeois: «Dont il leur print mal, car il en mourut là plus de XXVI mil.»

Il se termine au fol. 364 par le paragraphe relatif «au moult bel

eschaffaut fait en la grant rue Saint-Martin devant la fontaine Maubué.»

Le texte du Journal parisien contenu dans le manuscrit d'Aix n'est pas

sans valeur, parce qu'il nous donne ce curieux passage de l'année 1438,

en déficit dans le ms. de Rome, que nous publions pour la première fois

d'après le volume 3480 du fonds français; il doit par conséquent dériver

soit de ce manuscrit, soit plutôt d'un original qui ne nous est point

parvenu. Une collation attentive de ce fragment, faite par les soins de

M. Ch. Joret, professeur à la faculté des lettres d'Aix, ne nous a fourni

que des variantes de peu d'importance; grâce à l'obligeance du même

érudit, nous avons pu constater que les lacunes si regrettables du

manuscrit de Rome ne seront point comblées par celui de la Méjanes.

Tels sont à notre connaissance les manuscrits du Journal parisien qui

subsistent aujourd'hui. Il nous semble nécessaire de donner une

classification de ces manuscrits et d'indiquer ceux qui nous ont servi

pour l'établissement de notre texte. En première ligne, se place un

original inconnu dont la trace est perdue. De cet original plus ou moins

mutilé dérivent trois manuscrits: le premier, copié au XVe siècle, c'est

celui du Vatican; le second, transcrit au XVIIe, aujourd'hui le manuscrit

3480 du fonds français; le troisième, en deux parties à peu près d'égale

étendue, écrites, l'une au XVIe, l'autre au XVIIe siècle, constitue le

manuscrit d'Aix. C'est du manuscrit de Rome que semblent dériver la copie

du fonds français no 10,145, ainsi que les divers extraits conservés sous

les nos 275 de Dupuy et 10,303 du fonds français.

Le manuscrit de Rome, qui a conservé l'orthographe du XVe siècle se

rapprochant le plus de la version originale, a servi de base à notre

texte; mais nous avons relevé avec le plus grand soin, dans le no 3480 du

fonds français, les variantes de nature à compléter ou rectifier le texte

fourni par le manuscrit du fonds de la Reine. Tous les passages que nous

avons mis entre crochets indiquent les lacunes fort nombreuses du

manuscrit de Paris.

Nous manquerions à tous nos devoirs, si avant de terminer cette partie de

notre introduction nous ne reconnaissions le zèle et le dévouement avec

lequel MM. Robert de Lasteyrie et Aug. Longnon nous ont aidé de leurs

conseils, le premier pour l'établissement du texte, le second pour la

révision des épreuves. Qu'ils veuillent recevoir ici l'expression de

notre vive et profonde gratitude.

Journal d'un bourgeois de Paris, 1405-1449 · 第 7 / 53 题